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individuelles? Regardez plutôt ce qui se passe en Angleterre. Dans le parti libéral il y a bien des opinions de nuances diverses: il y a des radicaux.

Comment ce grand parti est-il arrivé au pouvoir ? Les radicaux ont fait des con- cessions; les modérés en ont fait: et le parti libéral, uni, a triomphé de ses adversaires. Messieurs, faisons comme lui: puisque nous sommes d'accord sur le but à atteindre, faisons-nous des concessions mutuelles, mettons de coté, sur les points secondaires, nos préférences personnelles, et, j'en ai la ferme conviction, nous aussi nous triompherons.

MESSIEURS,

Discours de M. Newton,

Je tiens, à mon tour, à vous remercier d'avoir bien voulu ratifier la proposition qui vient de vous être faite de m'assigner une place dans votre bureau. I y a là une marque de confiance qui me touche et m'honore.

Pour vous donner, dès à présent, un témoignage de ma gratitude, je veux m'efforcer d'être bref; vous estimez probablement comme moi que la meilleure façon dont celui qui est appelé à porter la parole dans une assemblée ou une réunion quelconque, puisse montrer sa reconnaissance envers ses auditeurs, c'est d'abuser le moins possible de leur temps et de leur attention.

Du reste, les longe discours ne seraient pas ici à leur place. Après les allocutions concises, mais si claires et si fermes, que vous avez déjà entendues, la résolution, que je suis chargé de seconder, ne se recommande-t-elle pas de soi-même à votre appro- bation? (Applaudissements.)

On vous rappelait tout-à-l'heure que notre système de gouvernement date de cinquante ans. Cela est vrai, messieurs, et, pendant ce demi-siècle, combien de grandes choses sont survenues dans le monde entier! Que de transformations, que de changements, que de réformes! Je me laisserais entrainer trop loin et hors du cadre que je me suis imposé, si j'essayais de les énumérer, ou même de n'en faire qu'un rapide tableau; mais l'histoire de cea cinquante dernières années peut se résumer d'un truit c'est l'histoire des conquêtes de la liberté et du progrès contre l'oppres- sion et l'injustice! (Applaudissements) c'est l'ère de l'émancipation universelle ! (Applaudissements.)

Cet immense travail d'affranchissement et de rénovation a fait sentir son influence chez presque tous les peuples; mais, nulle part peut-être, n'a-t-il produit des résultats plus profonds ni plus durables que chez la puissante nation à laquelle nous appartenons! Quant à nous, messieurs, qu'avons-nous fait et que sommes-nous devenus pendant ce temps ? Certes, nous nous calomnierions si nous disions que les évènements qui se sont accomplis dans des pays plus vastes et plus fortunés que le nôtre nous ont laissé froids et indifférents. Non! messieurs, j'en appelle à vous tous, notre pouls a toujours battu à l'unisson des pulsations des grands centres de la civilisation; les luttes qui s'y sont livrées, nous les avons toujours suivies avec un intérêt anxieux et palpitant; les émotions qui les ont agités, nous les avons partagées; nous avons tressailli de bonheur avec eux à chaque fois que la liberté et le progrès remportaient une nouvelle victoire, et il nous est arrivé souvent de penser au fond de nos cœurs que nous aussi, nous étions dignes d'en prendre notre part et d'en jouir (vifs applaudissements); mais, malgré toutes nos aspirations plus ou moins vagues vers un sort meilleur, nous sommes encore dans l'état de dépendance auquel nous avons été si longtemps condamnés! (Marques d'approbation.)

Soyons justes, messieurs, si nos gouvernants paraissent s'accommoder parfaitement de notre régime politique, ce qui est tout naturel, nous avons eu l'air de notre côté, je ne dirai pas, de nous y. complaire, mais de nous y résigner. Nous nous sommes souvent plaints des actes injustes ou arbitraires dont nous étions victimes et nous avons souvent protesté contre les lois iniques ou déraisonnables qu'on cherchait à nous imposer et nous ne semblions pas voir que le remède à nos maux était en nos propres mains et que nos affaires iraient beaucoup mieux si nous les administrions nous-

mémes.

Enfin, cette vérité, que tous nous percevions, mais sous une forme plus ou moins indéfinie, a éclaté à tous les yeux et nous comprenons tous que le moment est venu de secóuer le joug sous lequel nous nous sommes courbés jusqu'ici avec trop de patience. (Applaudissements.)

Que la constitution du Conseil Législatif soit essentiellement défectueuse, il ne peut y avoir qu'une voix à cet égard. Envisagé à un point de vue tout théorique, quelle

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confiance est-il possible d'avoir dans une assemblée qui est composée de membres dont une moitié est entièrement à la discrétion du gouvernement et dont l'autre, égale- ment nommée par le gouvernement lui-même, peut-être révoquée par lui?

Ces membres inofficiels, qui sont censés représenter la communauté et qui, étrange contradiction, n'ont aucun compte à lui rendre, ne représentent en réalité qu'eux-mêmes ou certains intérêts: ce n'est que par un véritable abus des mots qu'on les appelle les représentants de la communauté. (Applaudissements.)

Quelque honorables, quelque distingués, quelque indépendants que soient les hommes qui font partie de cette fraction inofficielle du Conseil, on serait souverainement injuste si on exigeait d'eux l'impossible, et c'est précisément ce qu'on ferait, si on leur demandait, dans la situation toute particulière où ils sont, de diriger nos affaires d'une manière satisfaisante. Ils sont eux-mêmes les premières victimes du système dont ils sont un des principaux ressorts. (Applaudissements.)

Aussi, dans la pratique, on les voit tantôt impuissants contre le gouvernement de la Métropole, quand même ils sont unis, et tantôt divisés entre eux sur des questions bien importantes pour la Colonie, et cela parceque n'étant pas l'émanation de la communauté elle-même, ils se trompent sur ses tendances et ses aspirations. (Applaudissements.)

Mais à quoi bon insister? Les membres inofficiels eux-mêmes sentent aujourd'hui que le corps auquel ils appartiennent ne répond plus aux besoins de la Colonie. Le jour où l'Honorable Raoul a fait devant le représentant de la Souveraine et devant ses collègues, cette fière et courageuse protestation dont il nous parlait y a quelques instants.-ce qu'il ne pouvait pas dire lui-même, c'est que ce jour-là il rendait un inoubliable service à toute la colonie et que son attitude mérite les plus vifs éloges (vifs applaudissements)-le jour ou mon honorable ami faisait entendre cette protesta- tion, il prononçait la condamnation définitive du Conseil du Gouvernement, et, ce qui le démontre encore plus, c'est la présence au milieu de nous de plusieurs autres membres inofficiels du Conseil (applaudisements).

On n'a aucune raison pour nous refuser une réforme de notre constitution. Si, à l'époque, nous pouvions exciter la défiance de ceux qui nous gouvernent, l'état intellectuel, moral, et social de notre pays s'est amélioré et nous avons droit à l'extension de nos libertés. On nous a donné la liberté individuelle, la liberté de penser et d'écrire, nous avons le titre de sujet britannique, nous revendiquons, non pas tous les privilèges, mais quelques-uns des privilèges qui font que ce titre n'est pas un vain mot et qu'on est fier de le porter 1 (Applaudissements.)

La réforme que nous réclamons, quelle sera-t-elle au juste? Quelle en sera

l'étendue ?

Il est évident que nous ne voulons pas un changement tout simplement apparent, et qui laisse debout les bases sur lesquelles repose le système actuel. Ce que nous demandons, c'est d'arriver à participer à la gestion de nos affaires et à exercer un contrôle direct sur nos destinées. Pour atteindre ce but, il n'y a qu'une seule voie, c'est l'introduction de l'élément électif dans le Conseil du Gouvernement. Voilà le principe dont nous poursuivons par dessus tout la réalisation. (Applaudissements.)

Cet élément devra-t-il se juxtaposer à l'élément inofficiel nommé par le Gouverne- ment et à l'élément officiel propre, et dans ce cas, devra-t-il être égal ou supérieur, sous le rapport du nombre, soit aux deux autres ou à l'un d'eux, ou bien, devra-t-il y avoir équilibre parfait entre les trois éléments ? Faudra-il au contraire balayer l'élément inofficiel actuel, ou l'élément officiel, ou les modifier? Quel mode d'élection choisira-t-on ? Sera ce l'élection à deux degrés, ou l'élection directe? Comment fera-t-on fonctionner la machine électorale ?-Tous ces points sont importante, je n'en disconviens pas; mais on ne peut les résoudre tout d'un coup et sur l'heure. (Applaudissements.)

Nous sommes tous convaincus, j'en suis sûr, que ce n'est pas dans une réunion comme celle-ci, et dans l'espace de quelques instants, que nous serions même capables d'ébancher un plan de constitution. Il y a un point central sur lequel nous sommes unanimes, c'est que l'élément électif doit être introduit dans le conseil du gouvernement; tel est notre objectif; toutes les autres questions, par rapport à celle-là, ne sont que secondaires et doivent être mises à l'étude. (Applaudissements.)

Convaincus que c'était là le sentiment du pays tout entier, ou tout au moins de la grande majorité, nous nous sommes d'abord formés en un petit groupe, et nous nous avons ensuite appelés, comme représentant la société Mauricienne à des titres divers, à vous joindre à nous, parce que nous avons pensé qu'entre nous et vous et qu'entre nous tous et le pays il y a une entière communauté de vues. (Applaudissements.) Je dis entière communauté de vues, mais sur la nécessité de réformer la constitution: sur B 2

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