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hâte de l'invoquer, mais on le perd de vue, lorsqu'il est question des West Indies. A celles-ci, des faveurs toutes spéciales, on va jusqu'à l'assistance sous forme de don. La raison ! C'est que, là-bas, quand on leur refuse quelque chose, c'est tout de suite un tolle général, la population menace, et parle de fédération avec l'Amérique- et la Métropole se hâte de marcher. Ces menaces périodiques produisent toujours leur effet. Comme nous n'avons pas d'Amérique sous la main (rìres), on nous traite différemment. Oh' non, nous ne sommes pas traités correctement, nous n'avons pas toujours été traités comme on aurait dû traiter une population laborieuse, virile, courageuse devant les épreuves les plus imméritées, et qui n'a jamais laissé perdre une occasion de témoigner de son loyalisme et de son dévouement envers la Couronne d'Angleterre! (Vifs applaudissements.)
Il est bon de dire maintenant que l'expérience prouve que les Commissions d'enq, te qui sont venues ici ont jeté un grand trouble dans les affaires et dans la Sextele Souvenez-vous de la Commission du Travail (1872). Les deux juges qui en faisaient partie. Frere et Williamson, laissèrent, dès le début, paraître leur animosité a notre endroit, ils ne négligèrent rien pour charger les habitants de ce pays, pour accumuler des accusations contre les planteurs, et cette enquête n'eût peut-être pas abouti à un acquittement si nous n'avions eu à ce moment un homme d'une rare intelligence, d'une surprenante énérgie, un admirable patriote qui ne cessa d'être sur la brèche j'ai nommé Naz! (Vifs applaudissements.) Sa belle, sa noble défense de la Colonie sauva la colonie. Sa défense- un chef d'œuvre-fut_pres- tigieuse! Elle lui valut, outre notre impérissable gratitude, la considération de ceux qu'il avait subjugués! (Applaudissements prolongés.)
Quoi qu'il en soit, les travaux de cette mémorable Commission occasionnèrent i un trouble profond.
Faut-il maintenant parler de l'enquête menée par Sir Hercules Robinson contre le ineilleur des gouverneurs? Venu seul, sur un navire de guerre-un si baut person- nage!-il avait apparemment son siège fait en débarquant, puisque les gens du bord disaient à qui voulait les entendre que le old man était venu à Maurice pour kick out the Fenian! On sait ce que fut cette enquête de Sir Hercules Robinson: elle fut tout simplement outrageante, par le parti-pris et l'injustice qui en furent la règle. Un beau jour, Sir John fut frappé sans même avoir été entendu. Il est vrai qu'il finit par obtenir gain de cause, mais au prix de quelles angoisses, de quelles luttes | Et que d'agitations, que de dissensions dans le pays: quel trouble profond dans la population, que de sacrifices d'argent! Tel fut le résultat de ces deux enquêtes.
Il est vrai que la mission Penrose Julyan fut bien différente. M. (depuis Sir) Penrose Julyan était un homme juste et équitable. Son rapport sur le service civil était remarquable aussi, l'a-t-on fourré dans les cartons.
La nouvelle Commission dont on nous menace ne manquera pas, j'en ai peur, de refléter les idées du gouvernement. Or nous avons un gouvernement libéral et rarement un gouvernement libéral a fait du bien aux colonies. Il a des idées pré- conçues sur la question des industries coloniales. Ce n'est pas gratuitement que les colonies en général éprouvent une certaine antipathie l'endroit des ministères libéraux. Ces ministères, qui sont pleins de sollicitude pour l'ouvrier anglais, s'efforçant de lui faire avoir son déjeuner à bon marché, professent envers les colonies des sentiments analogues à ceux du Directoire: "Périssent les colonies plutôt qu'un principe!" Or, la Commission qu'on enverrait ici réfléterait, cela va de soi, les idées du Ministre. Il n'est pas difficile d'en conjecturer les conclusions. Vous les connaissez d'avance, je vous le dis. Ce serait le vieux refrain sur la race mauricienne, efféminée et abâtardie, bien inférieure à la vigoureuse race anglo-saxonne; que nous Bommes condamnés fatalement à disparaître pour faire place à de plus dignes de vivre, et que si nos propriétés sucrières passaient à des mains anglo-saxonnes, le labeur de celles-ci rendrait enfin riche et prospère cette colonie, qui n'aurait plus jamais besoin de secours!
N'oubliez pas non plus le péril asiatique que nous déchatnerions en provoquent l'envoi ici d'une Commission royale, qui opinerait sans doute que le rattachement de notre colonie à l'Inde serait le plus sûr moyen d'effectuer les "économies adminis- tratives" qui tiennent à coeur à Lord Elgin. Si vous voulez ce rattachement à l'Inde, votez la Commission! Vous aurez M. Manilal comme juge à la Cour Suprême; il vous viendra de Bombay ou de Poona des magistrats indiens, des fonctionnaires indiens à vil prix. Vous aurez des professeurs venus de Ceylan. Sir Charles Bruce, tandis qu'il faisait sa fameuse réforme de l'Instruction publique. ne signalait-il pas qu'à Ceylan on trouvait d'excellents maitres d'école pour Rs. 20 par mois? (rires). Par le rattachement, on réduirait d'un coup plus de la moitié
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du budget, et cette seule considération pourrait peser bien dangereusement sur l'opinion de gens à qui nous serions peu sympathiques. Notre administration serait envahie par des ayahs" à 20 ou 30 roupies par mois: petit à petit, vous seriez submergés. Voilà sans doute ce que le Ministre entend par une enquête sur notre administration. Nous aurions un lieutenant-gouverneur, dépendant de la prési- dence de Bombay, pour Rs. 20,000 par an.
Il est cependant d'autres moyens d'économiser sur les dépenses publiques. Ces moyens sont connus, et rien ne serait plus facile que de les appliquer. On aurait pu le faire graduellement, depuis longtemps. Il nous faudrait avoir moins de fonctionnaires, et les mieux payer. Il n'est pas besoin d'une coûteuse commission royale pour nous apprendre tout cela.
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Non, nous ne pouvons demander cette enquête. D'ailleurs, laissez-moi vous dire que nous serions archi-morts quand viendraient les secours s'ils venaient. La Commission ne pourrait arriver ici que fin mai, au plus tôt; il vaut mieux prévoir fin juin. Avant de se mettre au travail et étudier le pays, il lui faudra du temps, car ce n'est pas du jour au lendemain qu'elle se mettra au courant de la situation du pays en général, des planteurs, des usiniers, de toutes les branches de l'adminis- tration, etc. Il n'y aurait aucun résultat avant un an, et, d'ici là, le roi, l'âne ou
(rires). Le pays aurait eu le temps de périr avant cette date. Je crois bien sincèrement, à moins de circonstances exceptionnellement heureuses que je n'entrevois pas, qu'il nous sera fort malaisé de franchir cette entrecoupe sans écorchures. Les ressources générales du pays sont bien compromises, bien réduites, et vont en s'épuisant. Il y a lieu de craindre que, malgré leur bonne volonté, les établissements financiers ne puissent suffir à nos besoins. En tous cas, il faudra beaucoup d'esprit de solidarité chez nous tous pour arriver sans trop d'encombre jusqu'au moment où les sucres descendront en ville. En attendant, on souffre, on souffre énormément. Le malaise est général, et je constate que, insensible à nos prières, le Ministre continue à se boucher les oreilles, ou, s'il fait semblant d'entendre, entend tout de travers. Quant à sa Commission, je n'en veux pas, et je me laisserais couper en quatre plutôt que de voter un sou pour faire les frais de cette Commission, car je trouve outrageant qu'on nous dise: Vous allez être mangés; décidez à quelle sauce vous allez l'être. (Applaudissements prolongés.)
M. CARCENAC dit que l'on se trouve dans une drôle de situation vis-à-vis du Ministre. Nous demandons une assistance en lui disant que nous sommes dans une situation excessivement critique, et il nous répond qu'il n'est pas éclairé et nous invite à demander une Commission d'enquête. Pouvons-nous reculer aujourd'hui ? Au point où en sont les choses, mieux vaut nous accommoder de cette Commission.
M. LECLÉZIO: Mais nous n'avons pas demandé une Commission. Le Ministre est le maître; qu'il nous envoie cette Commission, mais nous n'avons pas à la demander.
M. Ulcoq se retire.]
M. GEORGES PIERROT dit que si M. Carcenac présentait une Résolution dans le sens indiqué par lui, il l'appuierait. Il ajoute qu'une enquête sur l'administration serait bien vue de beaucoup de gens. Que de fois n'avons-nous pas eu sujet de nous en plaindre Et qui ne trouve pas scandaleux qu'un petit pays comme le nôtre ait un budget de dix millions. De plus, la Commission s'occuperait peut-être utilement des industries secondaires, qui sont trop négligées et ne reçoivent pas assez d'encouragements. La Commission s'apercevrait sans doute qu'en dehors de la canne, il y a des industries qui pourraient être assistées, soutenues, par exemple oelle des textiles. Il y a, ajoute M. Pierrot, énormément d'argent à gagner dans cette industrie, qui est d'un grand avenir, mais il faut aider à son développement. Avec un peu d'appui, on étendrait chez nous la culture de l'aloès, on y donnerait plus de soins et d'attention, et la matière première produite étant plus riche, ont fabri- querait une marchandise plus belle, plus recherchée. Pour ces motifs, l'orateur appuie les observations de M. Carcenac.
M. CARCENAC craint que le fait de repousser l'enquête ne nous fermie à jamais toute chance d'un appui financier de la Métropole.
M. G. Pinnor s'enquiert s'il n'y aurait pas moyen de demander au Ministre une assistance immédiate de £200,000, en lui faisant savoir que, s'il désire une enquête, nous acceptons sa Commission.
M. LECLEZIO Je n'ai pas grande confiance, je doute qu'il nous accorde ces £200,000 avant d'être en présence du rapport de sa Commission. Il y tient. Nous lui avons fait télégraphier: La situation est critique. ~~Tinous "a" répondu"." Demandez une Commission!
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