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places, elles sont réservées, sauf quelques rares exceptions, à des hommes qui ne leur sont supérieurs ni sous le rapport de l'intelligence, ni sous le rapport de la probité, mais qui, ayant eu la bonne fortune de voir le jour en Angleterre, ou en Écosse, sont par cela même considérés comme ayant une espèce de droit inné aux situations les plus avantageuses que puisse offrir le Gouvernement.
Qu'importe que ces privilégiés ne s'intéressent à la Colonie que dans la stricte mesure où elle leur assure leurs appointements, que la plus grande partie des sommes qui leur sont versées et qui proviennent des taxes payées par nous, soit transportée ailleurs, et ne profite même pas indirectement à la Colonie? Qu'importe qu'on nous envoie souvent des incapables et que ceux des nôtres qui sont entrés au service de la Couronne, pris de dégoût et de découragement en se voyant sans cesse mis à l'écart, n'apportent plus qu'un zéle attiédi à l'accomplissement de leurs devoirs? Qu'importe tout cela? Il semble que notre titre de Mauricien soit un flétrissure, que les liens qui nous attachent à cette terre fassent ne nous des indignes.
Bien plus, il paraît que notre contact est tellement contaminé que, si ceux-là mêmes dont l'origine ne laisse rien à désirer, ont le malheur de contracter mariage dans une famille mauricienne, ils sont vite répudiés par les leurs et sont, à leur tour, condamnés à partager notre sort cruel.
Nous avons à peine besoin de faire ressortir toutes les injustices que consacrent de pareile abus ni de rappeler combien ils s'accordent mal avec le régime intelligent et libéral que le Gouvernement Anglais avait adopté, au début, à l'égard de la Colonie.
La politique si juste de Sir Robert Farquhar n'eut qu'une duréo éphémère et fut remplacée trop tôt hélas! par une politique absolument contraire.
Cette dernière politique, tolérée par certains de nos précédents Gouverneurs, encou- ragée presque ouvertement par d'autres, blâmée secrètement par quelques-uns d'entre eux, sans que pourtant ils fissent le moindre effort pour y mettre fin, cette dernière politique, toujours sanctionnée, au moins implicitement, par le Gouvernement de la Métropole, a résisté à nos plaintes réitérées et à nos protestations unanimes.
Á un moment cependant, on eût pu espérer la voir disparaître à tout jamais.
Envoyé spécialement à Maurice par le Gouvernement de la Métropole pour faire une enquête sur le service civil du pays, Sir Penrose Julyan fut frappé de l'état de choses que nous signalons; son bon sens et son esprit droit en furent révoltés; et voici ce qu'il écrivit, il y a 9 ans, sur cette grave question:
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Sur un point, pourtant, les employés du service civil peuvent demander avec justice une amélioration de leur condition. Parmi les jeunes gens qui suivent la carrière commerciale, les plus capables se font une place dans certaines maisons et acquièrent éventuellement de la fortune; tandis que les professions et les états qui sont suivis par d'autres personnes de même class possèdent aussi leurs avantages à Maurice. Ainsi, sont engendrées et maintenues des influences salutaires. Dans le service civil, au contraire, de pareils encouragements sont rares. Non seulement les employés des divers bureaux, mais encore toute la partie éclairée de la population créole considèrent généralement que les premières places dans le service civil ne sont pas destinées aux Coloniaux, quelque assidus ou méritants qu'ils soient, et que les plus heureux d'entre eux ne peuvent parvenir à des postes plus élevés que ceux de commis avec des émolu- ments de 500l. ou 600l. par an. On dit également que les plus hauts emplois sont méme fermés à des Anglais qui viennent d'Angleterre, quand il leur arrive de con- tracter mariage dans des familles du pays, quelque irréprochables que soient ces alliances par elles-mêmes. J'ai à peine besoin de dire combien toutes ces circonstances sont préjudiciables aux meilleurs intérêts du service public. Elles en éloignent les hommes qu'il y aurait profit à y faire entrer et tendent à paralyser l'énergie de ceux qui y sont déjà.
"En dehors des effets nuisibles que produit cet état de choses sur le service civil de la Colonie, le maintien de signes d'inégalité si visibles a, on doit le craindre, contribué à nourrir le sentiment anti-anglais qui existait, dit-on, dans le passé, chez certains membres de la communauté mauricienne. Je crois que le Gouvernement ne pourrait choisir un moment plus opportun que celui-ci pour abolir toutes distinctions irritantes, et un acte pareil serait pleinement apprécié de la population, tendrait à angmenter son affection pour la domination anglaise, et donnerait pour ainsi dire un puissant stimulant économique au service civil de la Colonie.”*
Ainsi, l'intérêt bien entendu du service public et de l'Administration, les considéra- tions politiques et économiques les plus puissantes, se joignaient à la justice la plus rudimentaire pour donner raison à Sir Penrose Julyan.
• Voir le Rapport de Sir Penrose Julyan sur le Service Civil à Maurice, p. 4 et 5.
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On se serait imaginé après cela qu'il était difficile, pour ne pas dire impossible, au Gouvernement, de ne pas changer de ligne de conduite. Mais les recommandations de Sir Penrose Julyan sont restées pendant des années à l'état de lettre morte.
Que le petit groupe d'hommes qui ont profité jusqu'ici de l'état de choses que critique Sir Penrose Julyan et qui ont malheureusement exercé presque toujours une influence prépondérante dans les régions gouvernementales, que les hommes qui ont vécu de cet état de choses, aient travaillé à son maintien, et que, dans cette entreprise, ils aient été secondés par le Gouvernement, il n'y a là rien qui soit de nature à nous étonner; mais est-ce que le Conseil Législatif, cette Assemblée "qui a sauvegardé tous les “intérêts de la communauté et qui n'a donné lieu à aucune plainte sérieuse de négli
gence ou d'injustice de la part d'une classe quelconque," a jamais essayé de faire respecter nos droite méconnus? Est-ce que les membres inofficiels ont jamais élevé la Armés d'un document aussi important que le Rapport de Sir Penrose Julyan, ils auraient pu, ayant pour les soutenir la communauté entière, mettre le Gouvernement en demeure d'agir et lui forcer la main. Ils n'ont absolument rien fait; et, sans la courageuse initiative de l'homme éminent qui est aujourd'hui à la tête de nos affaires, les choses continueraient assurément comme par le passé.
voix en notre faveur ?
S'il est une question capitale entre toutes pour nous, c'est celle du déboisement. Du temps de la domination française, l'une des plus grandes préoccupations du Gouvernement était de conserver tout ce qu'il y avait de forêts sur les bords des cours d'eaux et sur une partie des montagnes, ou, pour employer les termes de la loi, sur les réserves des cours d'eau et des montagnes.
La vigilance du Gouvernement ne s'arrêtait pas là; il trouvait qu'il était nécessaire, dans l'intérêt de l'agriculture et de la santé publique, d'empêcher qu'on ne touchât à une certaine portion des forêts, non sur quelques points déterminés, mais sur la surface entière de l'île, et il avait fait une série de règlements dans ce sens,
Ces règlements étaient en pleine vigueur lors de la prise de l'Ile. Si le Gouverne- ment qui préside aujourd'hui à nos destinées, avait tenu la main à ce qu'ils fussent plus strictement observés, si nous avions été plus prévoyants nous-mêmes, nous nous fussions épargnés de bien rudes épreuves.
Mais, en voulant donner un trop grand développement à l'agriculture, nous avons failli en compromettre la prospérité et nous avons, en même temps, porté atteinte à la salubrité de l'île,
Et propter vitam vivendi perdere causas.
Cependant, un moment arriva où nous nous aperçûmes de notre aveuglement et où nos yeux se dessillèrent. Le mal avait pris des proportions si terrifiantes que chacun sentit qu'il était plus que temps de l'enrayer.
Tandis qu'une fièvre meurtrière s'implantait dans la Colonie pour ne plus la quitter, nos rivières et nos ruisseaux baissaient de jour en jour, et l'on abandonnait la culture sur beaucoup de propriétés, parce que la terre y avait perdu sa fertilité primitive. Il était devenu urgent d'arrêter la destruction des forêts qui nous restaient encore et de reboiser certains endroits de l'île.
Sans doute, il ne serait pas juste de chercher à faire peser sur le Gouvernement et sur le Conseil Législatif seuls la responsabilité d'actes dont nous sommes tous plus ou moina solidaires. Telle n'est pas, tant s'en faut, notre intention, et nous n'oublions pas que, quand tout le monde a tort, tout le monde a raison.
Mais le Gouvernement fut long à sortir de son inaction, et le Conseil ne, bougea pas avant d'avoir reçu l'impulsion du Gouvernement. Le temps de la réflexion ne manqua ni à l'un ni à l'autre; de sorte qu'on était tenté de croire qu'ils seraient parfaitement à la hauteur de la tâche qui allait leur incomber, si délicate qu'elle fût.
Avec un peu d'attention, on pouvait voir aisément quels étaient les écueils qu'ils recontreraient sur leur route et qu'ils devaient à tout prix éviter.
Pour protéger les forêts existantes et commencer le reboisement, des mesurés énergiques étaient sans conteste nécessaires; mais il ne fallait pas non plus, aprés avoir péché par excès de négligence, tomber dans l'extrême contraire, et pécher par excès de sévérité.
Ce n'est qu'en présence de la guerre ou de l'émeute, qu'un gouvernement a le droit d'avoir recours à la violence; c'est quand il se trouve menacé dans son existence, qu'il peut légitimement suspendre l'application de ces lois fondamentales qui garantissent aux citoyens leur liberté et leurs biens, et sans lesquelles il n'y a de sécurité
pour personne. Imposer, au nom de l'intérêt général, des saorifices ou des entraves à quel- ques-uns, pour réparer les conséquences de la faute ou de l'imprudence de tous, c'est H 2
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