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.ébiteur sont le gage commun, et en abolissant des frais ruineux qui absorbaient presque toujours la valeur des petites propriétés, ces deux lois ont consolidé le crédit public, augmenté la confiance des capitalistes et préservé le patrimoine de nombreuses familles. Sans ces lois, les crises financières que la colonie a traversées depuis cinq ans, eussent fait exproprier et ruiner un grand nombre des propriétaires du sol.”
A mes yeux un des avantages que nous avons retirés de la domination anglaise, c'est précisément d'avoir pu réformer nos lois civiles et suivre à cet égard l'exemple de la Belgique. "En France, a dit un avocat célèbre, ce n'est pas assez de toute une "vie d'homme dépensée en luttes et en efforts surhumains pour arriver à la modification "d'un seul article du Code." Cela vient de ce que les légistes ont toujours eu dans les Chambres françaises une influence qui fait avorter tous les projets de réforme.
On trouve dans le discours de l'auteur de la seconde résolution des assertions aussi hardies que celles dont je viens de faire justice. Ainsi, il reproche au Lieutenant- Gouverneur d'avoir passé sous silence dans sa dépêche accompagnant la pétition des partisans du système électif, le mécontentement sans cesse grossissant des habitanta de cette colonie en raison de leurs griefs grands et petita, mécontement, ajoute-t- il, qui minait sourdement la loyauté des habitants de cette colonie envers le gouverne- ment de Sa Majesté. Quels sont ces griefs? Pourquoi ne les a-t-il jamais dénoncés devant le Conseil? Armé du droit d'initiative, rien ne l'empêchait de le faire.
Loin de moi la pensée de dire que nos gouverneurs ont été infaillibles et encore moins que le contrôle du Bureau Colonial ait été toujours irréprochable. Il n'y a pas de gouvernement, que je sache, qui ait jamais atteint la perfection. Je sais que le Barreau et les classes élevées de notre société ont été plusieurs fois profondément humiliés de voir confier les plus hautes fonctions de la Magistrature et du Parquet à des hommes ignorant nos lois, nos mœurs, nos usages, et quelquefois même notre langue je sais que les questions qui touchent à l'éducation et aux dépenses du culte ne sont pas encore résolues selon les vœux d'un grand nombre de catholiques; je sais enfin que notre origine française avant l'arrivée de Sir Pope Hennessy, a été pour quelques gouverneurs et peut-être même pour le Bureau Colonial, une cause injuste de défiance, mais j'affirme que toutes ces circonstances réunies n'ont jamais ébranlé notre loyauté envers Sa Majesté. Dans un pays comme le nôtre où la presse est libre, où le droit de réunion s'exerce sans obstacle et où les représentations des Corps constitués sont écoutées avec la plus extrême déférence, les malentendus ne peuvent pas se perpétuer jusqu'au point de créer une situation comme celle dont on a parlé. J'ai été surpris de voir tomber de pareilles exagérations de la bouche d'un des plus anciens membres du Conseil.
L'honorable Conseiller auquel je viens de faire allusion ne partage pas mes craintes sur les conséquences funestes que les luttes politiques pourraient avoir dans une Colonie comme la nôtre; il n'admet pas qu'elles puissent jamais dégénérer en rivalités de races ou questions de caste. Cependant des craintes semblables ont été exprimées, il n'y a pas bien longtemps, par tous les membres inofficiels du Conseil, y compris l'honorable Conseiller lui-même, à propos d'une question bien moins grave que celle qui nous occupe en ce moment.
En 1870, Sir Henry Barkly nomma un Comité composé de tous les membres inoffi ciels du Conseil pour lui suggérer les changements à introduire dans l'organisation de la Cour Suprême, s'il y avait lieu d'en faire. L'une des questions examinées fut de savoir si l'on pouvait recommander d'établir à Maurice le système du jury en matière civile. Le Comité se prononça à l'unanimité pour la négative. Voici une des raisons données dans le Rapport à l'appui de cette opinion:
"On pourrait craindre, dit le rapport, que dans un pays habité comme le nôtre par des races qui different par l'origine, la religion, et les mœurs, une question d'intérêt privé ne fút transformée par des plaideurs de mauvaise foi en question de caste et ne devint par là une cause de dissensions sociales regrettables.
Le Rapport est du 2 février 1870.
On a cité la Municipalité comme une preuve que les institutions électives pouvaient fonctionner sans danger parmi nous. J'admire et tout le monde admire comme moi, je crois, le dévouement des hommes qui consacrent leur temps à l'étude des questions qui concernent le nettoyage et l'éclairage de la ville, ainsi que la réparation de nos rues, gondoles et canaux; mais il n'y a rien dans tout cela qui puisse enflammer les imaginations. Ces positions sont d'autant moins recherchées que la plus grande partie de la population riche et aisée de la ville de Port-Louis s'en éloigne tous les jours entre 4 et 6 heures de l'après-midi, pour se retirer sur les parties élevées de l'île, où elle trouve un climat plus sain et plus frais. Au point de vue de l'avenir de l'institution, je crois que nous sommes plutôt menacés d'une disette croissante de candidats muni-
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cipaux que d'une lutte entre candidats pour les places vacantes. Il n'y a que la place de Maire qui puisse encore exciter quelque convoitise, parce qu'elle assure au titulaire une certaine influence auprès du gouvernement, et, ce qui est plus séduisant encore, une somme de cinq mille roupies par an, allouéeil est vrai pour frais de représentation, mais qui dans la pratique s'est transformée souvent en un véritable salaire.
L'honorable orateur auquel je réponds croit qu'en établissant un cens électoral élevé, tous les dangers seront conjurés. Quel cons? Sa proposition ne l'indique pas. Celle de l'hon. Raoul est également muette à cet égard. L'hon. Fraser s'est montré bien plus pratique quand il leur a fait cette réponse:
l'on
"Je ne puis voter pour les résolutions parcequ'elles sont trop vagues. Je ne suis pas, en principe, opposé à l'élement électif, mais je demande que le système que veut établir soit franchement et clairement mis sous mes yeux. Je ne veux pas avancer un pied sans être sûr de pouvoir le ramener plus tard en arrière."
C'est, selon moi, ce qui a été dit de plus logique pendant toute la discussion. L'hon. membre n'a pas voulu de sous-entendus, et il a eu raison. Je soupçonne fort qu'on n'a rien dit du cens électoral dans les résolutions, parce qu'on prévoyait qu'aucune majorité ne pourrait se former sur ce point capital.
Je vais aborder maintenant la partie la plus importante du discours de l'auteur de la seconde résolution. Cet éloquent conseiller a fait une longue incursion dans le domaine des constitutions coloniales pour trouver des analogies entre Maurice et les colonies qui ont des institutions électives. Il a parlé du Cap, de Natal, de la Jamaïque, des Iles Bahamas et des Barbades. Voyons donc si les populations de ces colonies res- semblent à la nôtre. La plupart des renseignements que je vais donner à cet égard sont puisés dans le "Colonial Office List for 1882," ouvrage publié chaque année par un des principaux fonctionnaires du Bureau Colonial à Londres.
Voici, d'après les chiffres donnés par cet ouvrage, comment se décompose la popula- tion du Cap:
Européens ou blancs (population mâle)
Malay
Hottentots
Fingoa
Cafres
Races mixtes et autres'
123,910
5,182
•
50,579
36,435
· 109,817 43,705
Comme on le voit, l'élément européen domine, contrairement à ce qui a lieu à Maurice.
Cette suprématie ressort encore mieux de ce fait que les Cafres et les Fingos n'ont pas le droit de suffrage. Les territoires qu'ils habitent sont placés sous l'autorité personnelle du Gouverneur et régis par les lois qu'il promulgue sous forme de pro- clamations. Que l'on compare cette situation à celle de Maurice où l'élément d'ori- gine Européenne, réuni à la portion de la population mixte qui ne lui est pas inférieure en intelligence et en éducation, représente à peine 8,000 âmes an milieu d'une popula- tion de 350,000 habitants.
Natal a encore moins d'analogie que le Cap avec Maurice. Voici comment se dé- compose sa population:
Blancs Coolies Natifs
·
-
26,740 18,000
- 367,000
Les natifs n'ont pas le droit de suffrage. Ils occupent des terrains qui leur ont été désignés par le gouvernement et sont placés sous l'autorité du Gouverneur. Vivant en tribus, ils n'ont pas de propriété personnelle. Un certain nombre d'entr'eux s'eta- blissent comme squatters ou fermiers en dehors des terrains occupés par leurs tribus, ou viennent travailler sur les propriétés des Européena; mais cela ne modifie leur situation au point de vue politique que dans des cas fort rares et qui sont déterminés par une loi spéciale.
La Jamaïque a joui pendant deux siècles, il est vrai, d'institutions électives, mais à cette époque le pouvoir était exercé par l'élément européen.
Après l'émancipation des esclaves la situation se modifia rapidement. Profitant de leur nombre, les nouvelles couches sociales s'emparèrent de la direction des affaires; à partir de ce moment tout fut compromis.
En 1865, il y eut dans cette belle colonie des désordres qui auraient abouti su massacre de tous les colons d'origine européenne si le Gouverneur Eyre n'avait déployé la plus grande énergie pour les réprimer.
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