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un mouvement dont l'issue était douteuse et qui pouvait déplaire au Secrétaire d'Etat pour les Colonies ou lui occasioner des ennuis.
Judex judicandus: M. Broome, ce juge sévère. ne peut s'attendre à être jugé avec indulgence. M. Broome a été accusé publiquement de s'être fait verser en eus de ses appointements comme Lieutenant-Gouverneur uno somme de Rs. 3,300, au mépris d'une C'était été démentie! pas Ordonnance aussi claire que précise, et cette accusation n'a la une raison de plus pour qu'il se montrât hostile à une réforme dont le premier résultat serait de soumettre les finances de cette Colonie, et les fonctionnaires publics à un controle plus sérieux que celui qui existe actuellement. Il a violé la loi à son profit et, circonstance plus sérieuse encore, le Secrétaire d'État l'a violée après lui, en n'insis- tant pas sur la restitution de l'argent que notre Lieutenant-Gouverneur avait indument
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En ce qui touche l'hon. Antelme, nous nous bornerons à faire cette simple remarque qu'il n'a pas sur l'esprit de ses concitoyens l'influence que M. Broome se plaît à lui preter. La preuve en est que l'hon. Antelme ne s'est pas hasardé à publier ici la lettre qu'il a adressée au Ministre, et qu'il n'a pu y faire apposer qu'une centaine de signa- tures, dont 90 sont probablement sans importance, puisqu'on ne les a pas fait connaître. Les signatures connues sont pour la plupart celles de membres du Conseil Législatif comme lui-même, et de deux Magistrats de district, dont nous sommes surpris de voir les noms au bas de ce document, car il nous est revenu que beaucoup de fonctionnaires publics eussent signé notre Pétition si on ne leur avait laissé entendre qu'ils eussent à s'abstenir de prendre part au mouvement dans un sens ou dans l'autre.
Nous repoussons avec force toute analogie entro les colonies comme Ceylan et celle-ci.
Il existe à Maurice une population indigène qui mérite plus d'égards que ne lui en accorde le Ministre. Inférieure en nombre aux Asiatiques qui ont été introduits au milieu d'elle, elle les domine par son intelligence supérieure, par son énergie, par ses lumières. Elle n'est pas faite pour l'état d'abjection politique où elle a été réduite jusqu'ici.
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Il est vrai qu'elle a eu ses divisions dans le passé, et ces divisions, il se peut qu'elle ne les ait pas encore tout à fait oubliées. Quelle est la nation qui n'a pas eu les siennes et
Est-ce que où les traces des luttes intestines du passé soient entièrement effacées? guerres de la Ligue et de la Fronde, les déchirements produits par le Révolution de 1789, et celles qui l'ont suivie, ôtent à la France son caractère national et la rendent indigne de la liberté? Les révolutions qui ont eu lieu en Angleterre, les secousses que lui imprime à certains moments le conflit sans cesse renaissant entre les libéraux qui, poussés par le flot démocratique, veulent toujours marcher en avant, et les conserva- tours qui, se cramponnant au passé, veulent au contraire rester stationnaires, est-ce que les agitations populaires qu'on y voit continuellement, font perdre au peuple anglais son individualité, et dérangent le fonctionnement de son gouvernement?
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L'un des plus grands écrivains dont s'honore la France, prononçait naguère les Qu'est-ce paroles suivantes dans une conférence sur ce grave et intéressant subjet: qu'une nation?
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"On aime en proportion des sacrifices qu'on a faits, des maux qu'on a soufferts.
Le chant Spartiate nous sommes ce aime la maison qu'on a bâtie et qu'on transmet. que vous fûtes, nous serons ce que vous êtes' est dans sa simplicité l'hymme de toute patrie.
"Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l'avenir un même programme à réaliser; avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques; voilà ce que l'on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l'heure: 'avoir souffert ensemble'; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs; ils commandent l'effort en commun.
"Une nation est donc une grande solidarité constituée par le sentiment des sacrifices Elle suppose un passé; elle qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. se résume pourtant dans le présent, par un fait tangible: le consentement, le désir claire- ment exprimé de continuer la vie commune.'
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Pour résumer d'un mot ces éloquentes pensées, le fait capital qui constitue une nation, c'est l'âme commune qui anime les individus dont elle se compose. A ce titre, nous pouvons dire qu'il y a une nationalité Mauricienne si petite qu'elle soit. Nous n'avons pas un riche et glorieux legs de souvenirs comme les grandes nations d'Europe, inais nous avons aussi nos traditions. S'il y a quelques pages de notre passé qui ne
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nous causent que des regrets, il y en a d'autres dont nous pouvons à juste titre être fiere. Nous sommes unis dans le passé par les maux que nous avons soufferts en commun, par les deuils que nous avons éprouvés ensemble; nous le sommes pour l'avenir par nos espérances et par la volonté bien arrêtée de continuer la vie commune. notre amour pour notre patrie Mauricienne, c'est que nous sentons qu'en la défendant, Ce qui fortifie c'est pour la civilisation Européenne et chrétienne que nous combattons.
Si le rôle que nous jouons dans l'organisme social de cette Colonie nous donne des droits indiscutables, il nous impose de sérieux devoirs. négligerons pas. Le flambeau qui nous éclaire et que nous sommes fermement résolus Ces devoirs, nous ne les à ne pas laisser éteindre dans nos mains, nous voulons en projeter la lumière jusqu'à ces hommes rudes et ignorants qui vivent à nos côtés; il n'y a pas de barrière infran- chissable entre eux et nous.
C'est donc une crainte chimérique que celle qui a été exprimée par l'hon. Antelme et ses adhérents. L'introduction de l'élément électif dans notre constitution trouble- rait peut-être l'harmonie qui règne entre les diverses classes de notre population, si nous cherchions à faire des distinctions entre elles; mais l'un des traits caractéris- tiques du système électoral que nous avons proposé, c'est que tous les sujets Britanni- ques qui rempliront les conditions du cens auront le droit de voter et seront éligibles, quelle que soit leur origine.
L'action simultanée des diverses forces que l'élection mettra en mouvement, main- tiendra l'équilibre entre les interêts en présence; et, si, par extraordinaire, cet équili- bre tendait à se rompre, la prépotence politique reservée au Gouvernement suffira pour la rétablir.
Il y a quelques mois, à peine, à un Meeting tenu à Londres dans le but de faire une manifestation en faveur de la politique de Lord Ripon dans l'Inde, Mr. Bright défendait la mesure connue sous le nom d'Ilbert Bill contre un reproche analogue à celui que l'on fait à notre projet de réforme, à savoir, que la mise à exécution de l'Ilbert Bill allait occasionner des désordres dans l'Inde et exciter les classes contre les classes. Le vieux tribun disait à cet égard :
“J'ai entendu souvent dire dans ce pays qu'on excitait les classes les unes contre les autres. Je ne connais pas une seule réforme judicieuse dont on n'ait pas dit qu'elle allait exciter les classes les unes contre les autres.'
Il est de ces arguments, dont le temps a fait justice, mais que l'on continue quand même à mettre en avant, parce que, tout usés qu'ils sont, ils produisent toujours un certain effet sur les esprits timorés.
Un autre argument san valeur aucune, c'est celui qui consiste à dire que, dans le cas où la constitution serait modifiée dans le sens projeté, le Conseil Législatif ne comp- terait plus parmi ses membres des hommes égaux à ceux qui y sont présentement, comme si le moule, dans lequel ont été formés les hommes intelligents et capables de cette Colonie, avait été brisé.
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On n'a qu'à jeter les yeux autour de soi pour se convaincre que cette opinion ne à l'examen. M. Broome n'est-il pas lui-même obligé d'admettre que ceux
qui dirigent le mouvement réformiste et le plus grand nombre de ceux qui marchent à leur suite, se sont montrés capables en tous points de prendre une part active aux affaires publiques, que notre Barreau et les autres professions libérales à Maurice peuvent soutenir avantageusement la comparaison avec le Barreau et les professions libérales dans les autres colonies ?
M. Broome, qui n'hésite pas à employer tous les moyens en son pouvoir pour discréditer notre mouvement, va jusqu'à dire qu'il n'est dû qu'à des causes secondaires et éloignées. A l'entendre, l'existence d'institutions républicaines dans l'fle voisine de la Réunion n'y a pas été étrangère.
C'est là une erreur; mais, en faisant cette maladroite allusion à l'tle voisine, Mr. Broome appelle notre attention sur un sujet qui ne peut faire naltre en nous qua de mélancoliques réflexious!
Nous nous souvenons que cette Colonie a été Française et qu'au moment où elle est tombée au pouvoir de l'Angleterre, le Gouverneur Farquhar publia, au nom du Roi George III, un manifeste que l'histoire a conservé et qui contient ces mémorables promesses:
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Le Souverain qui est incapable de protéger ses sujets ou ses colonies, ou qui n'est pas disposé à le faire, perd le droit de leur demander des sacrifices ou des preuves
d'attachement.
"La nation anglaise fait consister sa gloire à offrir aux habitants des colonies dont elle s'empare par la conquête, sa protection en même temps que le bonheur et l'abon- dance de toutes choses (plenty), à la place de la tyrannie, de l'injustice et des actes I 3