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Au premier abord cela semble un grand danger, duquel pourrait résulter un échec du mouvement universel contre l'opium et les autres poisons énumérés, mais en réalite ce n'est qu'une difficulté surmontable devant laquelle il ne faut pas s'incliner, mais que nous devons tâcher de vaincre.

La Régie de l'Opium aux Indes néerlandaises, dont j'ai eu l'honneur d'être le chef pendant une longue série d'années, a éprouvé et surmonté des difficultés semblables.

Notre expérience nous a appris que, même avec les plus sévères règlements, on ne peut pas empêcher tout à fait la contrebande. Les gains importants qui en découlent, les longues lignes de cote d'un archipel, et le petit volume de la matière sont autant de raisons pour un succès certain des contrebandiers dans leurs efforts pour introduire des quantités de la matière prohibée. Les vraies difficultés pour eux commencent lors de la distribution de l'opium dans le pays et augmentent lors de la vente au détail.

D'abord, le nombre de ceux qui viennent en contact avec la marchandise s'augmente de jour en jour, et il ne se passe jamais beaucoup de temps sans que quelqu'un parmi ces centaines de personnes, trahisse le commerçant caché et désigne secrètement aux autorités locales la source de la contrebande. Le résultat final pour les contrebandiers est ordinairement: perte de capital, amendes et emprisonnement.

Mais aux Indes néerlandaises nous avons encore un autre moyen pour combattre le commerce illicite de l'opium, je veux dire la connaissance exacte des quantités qui se vendent journellement dans chaque place, s'il n'y a pas de contrebande sur le marché. Aussitôt que la contrebande a lieu, le débit légal diminue visiblement, et si on réussit à en trouver les preuves on recherche les gens qui achètent dans les maisons de débit de la Régie moins que leur quantité ordinaire, on les fouille et on fait une perquisition dans leurs habitations, on les poursuit devant le tribunal ou bien on les porte à désigner les détaillants, ce qui ordinairement amène la saisie de quantités considérables.

Toutes les Puissances pourront pratiquer sur leurs territoires de pareils moyens aussitôt que, en vertu de la Convention Internationale, ils posséderont des lois médicales et pharmaceutiques sévères et effectives, en vertu desquelles les autorités disposeront non seulement de l'assistance d'une police exercée, mais aussi de données statistiques sur la vente ordinaire par prescription médicale.

Avec de la bonne volonté on peut aller loin et, en tout cas, le danger d'empoisonnement des nations au moyen de drogues narcotiques doit diminuer considérablement sous l'influence du commun accord des Puissances signataires, qui s'assisteront mutuellement.

Si nous votons pour la résolution américaine et si nous faisons entrer en vigueur la Convention le premier décembre 1914, à cette époque-là tout le monde pourra avoir préparé ses lois médicales et pharmaceutiques et avoir institué son service spécial pour les exécuter.

Si, au contraire, nous rejetons la proposition et si par conséquent nous laissons les affaires comme elles sont, le mouvement international contre l'opium etc. aura échoué et nous aurons à porter la lourde responsabilité de cet échec.

C'est pour cela, Messieurs les Délégués des autres Puissances, que la Délégation néerlandaise croit de son devoir d'appuyer chaleureusement la proposition de Son Excellence le Premier Délégué des Etats Unis d'Amérique et de faire les déclarations que vient de donner mon honorable Collègue M. le Dr. VAN DEVENTER.

Son Exc. M. Yen Hul-Ch'ing, Délégué de Chine, prononce un discours en anglais qui est traduit par M. Houang Shou Kan.

Monsieur le Président, Messieurs,

La question que cette conférence se trouve appelée à décider est la suivante : la Convention de l'Opium sera-t-elle ou non mise en vigueur? Il ne peut, ce me semble, y avoir qu'une seule réponse, c'est que la chose est possible.

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Il faut regretter qu'une ou deux Puissances aient décidé de s'abstenir de la Convention et quelques-uns parmi nous, qui ont des intérêts similaires, craignent que ces Puissances ne veuillent se créer un monopole du commerce de l'opium, de la morphine et de la cocaine. Laissez moi avant tout déclarer que dès son origine jusqu'à la fin, la lutte contre l'opium est une lutte engagée contre des intérêts personnels. La Convention de l'opium vise un but humanitaire et impose une certaine mesure d'esprit de sacrifice. Nous ne l'ignorions pas quand nous l'avons signée il y a deux ans, nous le savions quand nous sommes venus ici l'an passé pour envisager la possibilité de sa ratification, et nous en avons tous conscience maintenant que nous sommes assemblés de nouveau pour examiner la question de sa mise en vigueur. Sa Majesté la Reine fait allusion au but humanitaire de cette Convention dans sa gracieuse dépêche, et le monde entier a applaudi au sentiment d'altruisme des Puissances signataires. En conséquence, il est trop tard maintenant pour soulever de nouveau des questions d'intérêt et de monopole. Quand on accomplit un acte d'humanité il faut laisser de côté toute considération de profit ou de dommage. D'ailleurs, je ne pense pas que si la majorité des Puissances décide de mettre la Convention en vigueur, la petite minorité des autres puisse constituer un monopole. Il est un fait notoire que les marchands n'aiment pas à engager leurs capitaux dans des affaires hasardeuses et le commerce de l'opium, de la morphine et de la cocaine deviendra des plus hasardeux une fois proscrit par le monde civilisé. Nous avons pu constater par notre propre expérience dans la suppres- sion de l'opium que les marchands ont retiré très rapidement leurs capitaux dès qu'ils ont appris les mesures prises contre l'opium; ils ne tentent même pas de continuer leur commerce là où les lois sont moins strictes. Le capital est, comme on sait, un facteur très susceptible et réservé, et il est ennemi du hasard. C'est pourquoi je déclare en terminant que la crainte que les Puissances non-signataires constituent un monopole, en opposition avec les sentiments et les décisions du monde civilisé est, premièrement, indigne de retenir notre attention, et, secon dement, pratiquement impossible et improbable.

Son Exc. M. Huneeus, Délégué du Chili, voudrait suggérer un amendement à la résolution proposée par la Délégation américaine. Son Gouvernement est d'accord sur l'idée de cette résolution, mais l'orateur croit que la rédaction ne répond pas aux possibilités matérielles en tant qu'elle dit que les Puissances s'engagent à faire entrer en vigueur la Convention dès le 1er décembre 1914. Dans un pays parle- mentaire, la mise en vigueur n'est, en règle générale, possible qu'après l'appro- bation obtenue par le Parlement et on ne peut prendre un engagement sur la date à laquelle on obtiendra cette approbation. Si les Gouvernements ne réussissaient pas à obtenir cette approbation avant le 1er décembre prochain, cela les mettrait en défaut et nécessiterait une nouvelle conférence. L'orateur voudrait conserver l'idée, mais pas sous une forme si tranchante. Le délai ne dépend pas de nous autres dans un pays parlementaire. Ne vaudrait-il pas mieux dire que les Etats signataires s'obligent de mettre en vigueur la Convention aussitôt qu'ils l'auront ratifiée.

L'orateur croit, en outre, qu'il est prématuré d'étudier la question des mesures à prendre pour paralyser l'abstention des deux Puissances qui refusent leur concours. Le temps nous renseignera plus tard à cet égard. Cela sera de nouveau une lutte contre l'opium et le commerce de l'opium que nous ne pouvons pas prévoir et préciser en ce moment. Il s'agit à présent seulement d'adopter le principe que nous voulons ratifier et mettre en vigueur la Convention malgré l'abstention de ces quelques Etats.

Son Exe. M. van Dyke, Délégué des Etats-Unis d'Amérique, tout en se ralliant à l'idée fondamentale de Son Exc. HUNEEUS, est d'avis qu'il faut indiquer dans la résolu- tion une date fixe; quelle date, cela lui est tout à fait indifférent. Pour des raisons de sentiment il voudrait une mise en vigueur encore dans la présente année. Il croit que tous sont d'accord qu'on ne veut pas une quatrième conférence. On est également

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