10
dans un ou deux jours le Gouvernement grec me fera savoir s'il peut abandonner cette réserve. La Turquie et la Serbie ont refusé catégoriquement, la première pour des raisons d'ordre économique, la seconde parce qu'elle n'avait pu suffisamment étudier la question. Sur la demande du Gouvernement britannique et avec l'appui des Etats-Unis j'ai encore dernièrement tâché d'obtenir l'adhésion partielle de la Turquie c.-a.-d. en ce qui regarde non pas l'opium mais le commerce de la morphine et de la cocaine. Mes efforts ont été vains. Une proposition analogue que je me suis permis d'adresser au Gouvernement Serbe n'a guère trouvé un accueil plus favorable.
Quant à la Grande-Bretagne qui à la dernière conférence avait déclaré ne pouvoir encore ratifier la Convention, vous serez heureux d'apprendre que, la signature de toutes ses colonies et dépendances étant à présent obtenue, le Gouvernement britannique vient de me faire savoir qu'il n'a plus aucune objection à ratifier la Convention dans le plus bref délai. Jusqu'à présent huit ratifications ont été déposées. La question qui se pose aujourd'hui, Messieurs, est celle de savoir si la Convention peut entrer en vigueur malgré l'attitude de la Turquie et de la Serbie et dans le cas où la Grèce maintiendrait sa réserve.
Le plaisir que j'éprouve à vous souhaiter la bienvenue dans cette salle qui déjà est familière à la plupart d'entre vous, n'est guère mitigé par la réflexion que votre présence ici prouve que le but auquel tendent nos efforts n'est pas encore atteint. Un accord entre toutes les Puissances du globe visant à dompter pour le bien de l'humanité une passion attisée par l'appât du lucre est chose nouvelle dans l'histoire des peuples. Cet accord ne pouvait s'établir en un tour de main et le fait que la Convention est à présent signée par toutes les Puis- sances à l'exception de deux atteste le grand pas que nous avons fait vers la réalisation de nos desseins.
Il faut à tout prix que la grande oeuvre entreprise à Shanghai, sur l'initiative des Etats-Unis et avec l'admirable coopération de la Chine, soit menée à bonne fin, car l'intérêt de l'humanité est en jeu et cette oeuvre est une de celles qui rapprochent les peuples.
Je sais qu'on doute de la réussite de cette conférence. Moi-même j'ai partagé ces doutes devant l'opposition que rencontraient nos efforts, mais j'ai confiance aujourd'hui que, forts du désir unanime de vos Gouvernements d'exécuter la Convention dans le plus bref délai, vous en trouverez les moyens.
C'est avec cet espoir, avec cette confiance, Messieurs, que je déclare ouverte la troisième conférence de l'Opium.
Son Exe. M. van Dyke, Délégué des Etats-Unis d'Amérique: En qualité de Délégué des Etats-Unis d'Amérique, la Puissance qui la première a convoqué la Commission Internationale de l'Opium à Shanghai, j'ai l'honneur et le plaisir de vous proposer d'accorder la Présidence de cette troisième conférence à l'honorable Monsieur CREMER, Premier Délégué des Pays-Bas, qui a dirigé les séances de la deuxième conférence avec tant de tact et d'impartialité. (Applaudissements).
M. Cremer, Délégué des Pays-Bas, prenant place au fauteuil présidentiel, prononce l'allocution suivante:
Messieurs les Délégués,
Avant de commencer nos travaux, je tiens à vous exprimer mes remerciements sincères pour la confiance que vous avez bien voulu me témoigner en m'appelant à la Présidence de votre illustre assemblée.
Si je n'hésite pas à accepter la tâche que par une délicate courtoisie envers ma patrie, vous avez bien voulu placer entre les mains de son Premier Délégué, c'est que j'ose espérer, Messieurs, que l'esprit de bienveillance et de collaboration mutuelle qui a si heureusement présidé à la conférence de l'année passée, ne manquera pas d'animer les discussions qui nous attendent. Je ne me dissimule pas les difficultés qui sont inhérentes à l'honneur que vous venez de me conférer,
11
mais je connais aussi l'aide précieuse que je puis attendre de votre science et de votre dévouement. Je crois répondre à votre sentiment unanime en demandant à Son Excellence M. le Jonkheer LourDON, Ministre des Affaires Etrangères, de vouloir bien rester en contact avec la conférence en acceptant le titre de Président d'Honneur.
(Applaudissements.)
Comme notre Président d'Honneur vient de le remarquer, deux Puissances se sont abstenues de joindre leurs signatures à celles des autres pays du monde. Cette circonstance, quelque décevante qu'elle soit, ne doit pas nous décourager, au contraire je nourris le ferme espoir que nous serons quand même en mesure de trouver une solution, qui comme les travaux des conférences précédentes, manquera pas de marquer un progrès réel vers la réalisation du but humanitaire que nous avons en vue.
ne
Le Président dit qu'il estime comme son premier devoir de proposer d'adresser à. S. M. la Reine des Pays-Bas le message suivant:
"Les représentants des Etats réunis à La Haye pour la troisième conférence internationale de l'opium ont l'honneur de déposer aux pieds de Votre Majesté Royale l'expression de leur reconnaissance pour l'accueil gracieux qui leur est fait dans sa résidence en même temps que l'hommage de leur très respectueux dévouement".
(Assentiment unanime.)
Le Président propose d'adopter comme à la première et à la seconde conférence la langue française comme langue officielle et de rédiger les procès-verbaux en cette langue. Toutefois l'usage d'autres langues sera autorisé dans la conférence.
Cette proposition est adoptée.
Sur la proposition du Président la conférence désigne pour composer le secrétariat:
M. le Dr. J. A. A. H. DE BEAUFORT, Chef de bureau au Ministère des Affaires Etrangères, Secrétaire-Général;
M. H. PETITPIED, Consul de France à La Haye, Secrétaire;
M. H. VAN DER MANDERE, Secrétaire-adjoint;
M. le Baron W. C. SNOUCKAERT VAN SCHAUBURG, rédacteur-adjoint au Ministère des Affaires Etrangères, Secrétaire-adjoint;
M. le Jonkheer A. W. L. TJARDA VAN STARKENBORGH STACHOUWER, rédacteur- adjoint au Ministère des Affaires Etrangères, Secrétaire-adjoint;
M. L. WERY, Secrétaire-adjoint.
Le Président croit que pour la régularité des travaux il sera utile d'élaborer des règles de procédure; il propose d'adopter celles qui ont servi pour la première conférence; leur superflu éventuel pourra être éliminé.
Cette proposition est adoptée à l'unanimité et le Règlement de la conférence
sera comme suit:
Règle I.
La troisième conférence internationale de l'opium est composée de tous les Délégués des Puissances qui ont signé la Convention Internationale de l'Opium du 28 janvier 1912, ou le Protocole de signature des Puissances non-représentées à la conférence, et qui ont accepté l'invitation du Gouvernement de Sa Majesté la Reine des Pays-Bas.
Règle II.
Après avoir procédé à la composition de son Bureau, la conférence discutera en séance plénière la manière dont son programme sera arrêté. La conférence pourra désigner, si elle le juge nécessaire, des Comités afin d'étudier les différentes
273