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Mémorandum signé à Paris le 24 février, 1908, que le groupe anglais occuperait dans le Hankéou-Canton la même situation que le groupe français dans le Hankóou-l’ékin, c'est-à-dire, que tout en laissant à la Chine la liberté de choisir son personnel et de passer ses commandes, le groupe anglais ne disputerait pas plus au groupe français des avantages particuliers sur le Hankéou-Pékin que celui-ci ne lui disputerait les mêmes avantages particuliers sur le Hankéou-Canton. Il ne s'agit donc pas d'une exclusion réciproque, mais en quelque sorte d'un droit d'initiative réservé sur chaque ligne à l'un des deux groupes.
Mais depuis la conclusion de l'Accord précité du 18 octobre, 1906, la situation en Chine s'est modifiée du tout au tout. Il ne paraît plus possible que des étrangers obtiennent en Chine la Concession d'un chemin de fer quelconque. Le mouvement nationaliste qui se développe dans ce pays s'oppose même désormais à la passation de contrats comme ceux du Kowloon-Canton, du Shanghai-Ningpo, ou Tien-tsin-Pukow, contrats qui assurent aux étrangers-en l'espèce à la British and Chinese Corporation -- des droits assez étendus de contrôle tant sur la construction que sur l'exploitation des chemins de fer pour lesquels ceux-ci ont fourni des fonds,
Les Chinois réclament des chemins de fer bien à eux, libres de toute hypo- thèque étrangère et où les Européens soient non plus des contrôleurs mais des employés.
Il n'est donc pas douteux qu'il sera pour le moment, sinon pour toujours, impos- sible d'obtenir, en ce qui concerne le Hankéou-Canton, des contrats analogues à ceux qu'on vient de citer. En ce qui touche cette dernière ligne, la chose est d'autant plus évidente que les Chinois eux-mêmes se sont déjà mis à l'ouvrage, ont constitué une Compagnie chinoise et commencé la construction de la ligne sur une longucur assez notable à partir de Canton.
Si donc les groupes français et anglais se bornent à rester sur leurs positions et à maintenir leur ancien programme, ils n'obtiendront rien actuellement.
Dans ce cas leur politique reviendra à faire autour de la Chine une sorte de blocus financier pour la contraindre à accepter des conditions dont elle ne veut pas.
La question est de savoir si ce blocus est possible et s'il serait efficace.
Il est permis de penser que non, car pour venir à bout de la construction de cette ligne d'Hankéon-Canton, dont elle fait de plus en plus une question d'amour- propre national, la Chine pourrait trouver, sinon en une seule fois, du moins par fractions successives, les sommes nécessaires auprès d'autres groupes que ceux de la Banque de l'Indo-Chine et de la British and Chinese Corporation. Même étant admis que personne en France ne se séparerait de la Banque de l'Indo-Chine, d'autres banques en Angleterre feraient volontiers échec sur ce terrain au groupe de la Hong Kong Bank, et il faut envisager en outre la concurrence des Allemands, des Belges, des Japonais, et des Américains--concurrence tout à fait sérieuse puisqu'il ne s'agirait que d'un montant médiocre par tranches successives.
Tenant compte de cet état nouveau de la question, Mr. Addis, au nom de la Hong Kong Bank, fait aujourd'hui à la Banque de l'Indo-Chine la proposition suivante :---
La question financière et la question industrielle seraient traitées séparément. Sans doute tous efforts seraient faits pour amener les Chinois à prendre, au moment même de la conclusion des emprunts, des engagements concernant les commandes éventuelles de matériel et le recrutement du personnel européen. Mais ces engage- ments seraient passés directement avec les groupes industriels intéressés et patronnés par les prêteurs. Ils ne figureraient pas dans le contrat financier lui-même, puisque cette insertion paraît devoir être a ujourd'hui la pierre d'achoppement de toute négociation nouvelle.
Mais étant donné qu'il ne s'agirait plus dès lors de contracter avec la Chine un emprunt de chemin de fer (“railway loan") analogue à celui visé par l'Accord signé à Londres le 18 octobre, 1906, mais bien d'un "financial loan "la Hong Kong Bank se retrouve liée par son accord avec les banques allemandes qui assurent à celles-ci un droit de préférence sur la moitié de tous emprunts chinois purement financiers contractés par la Banque anglaise. Néanmoins, Mr. Addis exposé qu'il a obtenu des Allemands de réduire ce droit de préférence à un troisième du montant de T'emprunt pour lequel des ouvertures viennent d'être faites par les Chinois et qui serait de 3,000,000%. Si donc il était donné suite à la proposition de Mr. Addis, et si des négociations aboutissaient avec la Chine, cet emprunt de 3,000,0001. serait divisé en trois parties égales: 1,000,0001, étant émis à Paris, 1,000,0007. à
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que
Londres, et 1,000,000. à Berlin. Quant aux garanties de l'emprunt, elles seraient à discuter. Mr. Addis ne demandant pour le moment de réponse que sur la question de príncipe du partage par tiers de l'emprunt entre Français, Anglais et Allemands.
à Mr. Addis la A propos de ce partage, il a été immédiatement fait remarquer Banque de l'Indo-Chinc avait été de son côté l'objet d'une ouverture de la part du groupe de la Société Générale de Belgique, et que ce groupe, qui se prétend des droits
" bonds spéciaux sur le Hankéon-Canton, en vertu des anciens
américains qu'il détient encore, réclame une participation pour cesser son opposition.
les Mr. Addis estime, quant à lui, que cette opposition n'est pas redoutable, que droits des Belges sont négligeables, et qu'on pourrait très bien se dispenser de leur faire une part.
Mais il est permis de penser à ce propos que si l'entente anglo-franco-allemande a pour avantage de faire cesser la concurrence et d'obtenir de meilleures conditions des Chinois, ce but ne sera atteint qu'autant que les Belges eux-mêmes ne pourront ou offrir un meilleur prix aux Chinois, ou seront incapables de prendre eux-mêmes l'emprunt. En tout état de cause leurs propositions concurrentes, même peu sérieuses, auraient certainement pour résultat de faire hausser les prétentions de la Chine.
Ceci posé, il reste à déterminer quelle est pour le groupe français la meilleure politique à suivre: eu réclamer de la Hong Kong Bank le maintien des anciens t engagements précités, quelle que soit le peu de chance que l'on ait actuellement en Chine d'aboutir dans les conditions qui furent posées alors, ou entrer dans la voie que préconise Mr. Addis, et qui est celle des emprunts purement financiers, une part étant faite aux Allemands, afin de supprimer autant que possible la concurrence entre Européens et obtenir de la Chine des conditions plus avantageuses pour les prêteurs.
Mr. Addis fait, d'ailleurs, remarquer que l'arrangement qu'il propose aujourd'hui ne serait qu'un Accord particulier relatif à l'emprunt de 3,000,000, actuellement en discussion, l'avenir restant réservé. Toutefois, il est hors de doute que les Allemands, ayant été mis une première fois en Chine sur un pied d'égalité avec les Anglais et les Français, réclameraient le même traitement pour toute opération future pour peu que leur situation financière ne s'y opposât pas absolument.
Le 25 janvier, 1908.