20

« terme, et ils restent ainsi sous son entière dépendance. » Le Gouverneur ne crut pas non plus opportun de soulever la question de l'esclavage, malgré l'inexécution flagrante des ordonnances de 1877.

Une convention en date du 21 novembre 1881 avait mis à la charge du royaume les dépenses du Protectorat; certains revenus s'élevant à environ cent mille piastres, furent réser- vés à cet effet. Ce petit budget permit d'assurer le traitement des magistrats du tribunal de Phnom-Penh, d'entretenir la chaloupe à vapeur du représentant du Protectoral, de créer un poste à Kampot, port cambodgien, sur le golfe de Siam, pour la surveillance de la contrebande, et de créer dans la capitale une grande et belle école francaise qui est fréquentée par les fils du roi, des princes et des hauts mandarins.

Divers autres arrangements, conclus au cours de l'an- née 1882 eurent pour objet d'aider à la répression du brigan- dage et de la piraterie qui, par suite de l'incurie des manda- rins cambodgiens, prenaient des proportions inquiétantes sur les frontières de la Cochinchine. La contrebande des armes et des munitions de guerre s'était également dévelop- pée de façon à éveiller de sérieuses appréhensions. L'établis- tement d'une zone neutre entre la Cochinchine et le Cambodge, où nos agents eurent le droit de suite et où il fut interdit d'établir des bureaux de vente d'opium, des distille- ries et des maisons de jeu, apporta quelque remède à ces désordres.

Les choses en étaient là lorsque M. Thomson succéda, au mois de janvier 1883, à M. Le Myre de Vilers, en qualité de gouverneur de la Cochinchine,

Un fait nouveau, d'une extrême gravité, s'était produit dans notre politique en extrême Orient. Le commandant Ri- vière avait été envoyé au Tonkin à la tête d'une poignée de marins et de soldats. Cette mesure conservatoire de nos droits soulevait contre nous l'hostilité mal déguisée de l'Annam et de la Chine. Les événements qui allaient se dérouler en ces

21

N° 3482 régions ne pouvaient manquer d'avoir leur contre-coup à la cour de Norodom.

Le roi du Cambodge n'avait certes jamais manqué l'oc- casion de protester de ses sentiments de fidélité envers la France; il affectait une vive reconnaissance pour le pays pro- tecteur auquel il devait le maintien de sa couronne; il avait souscrit, en 1872, pour la libération du territoire comme il souscrivit plus tard pour le monument à la mémoire de Gam- betta; cependant, ni les gouverneurs de Cochinchine, ni les résidents de France à Phnom Penh ne s'illusionnèrent jamais sur la nature des sentiments que Norodom nourrissait à notre égard.

Ses intrigues avec la cour de Bangkok et certaines tenta- tives pour entrer en relations avec des puissances euro- péennes qu'il nous croyait peu sympathiques n'avaient pas échappé à nos agents. Il y avait d'autant plus lieu de veiller attentivement, que Norodom concédait, d'une part, divers monopoles à des Chinois et s'entourait, à Phnom Penh, d'Eu- ropéens de nationalités diverses, dont quelques-uns dissimu- laient à peine leur hostilité contre notre pays.

S'il faut en croire un juge compétent, plus les protesta- tions de Norodom sont chaleureuses, plus il faut se défier.

Nous relevons, en effet, un mot typique, dans une dé- pêche de M. Le Myre de Vilers. Il s'agit des menées de Noro- dom près la cour de Siam. « La conversation que j'ai eue avec Sa Majesté, écrivait le Gouverneur de la Cochinchine, ne me laisse aucun doute à cet égard; elle a trop essayé de se dé- fendre pour ne point être coupable de quelque nouvelle trahison. >>

Nos embarras au Tonkin, après l'échec et la mort du commandant Rivière devant Hanoï, produisirent une vive impression à Phnom-Penh. M. le Gouverneur Thomson, in- formé par notre résident, écrivait à ce sujet à la fin de juillet 1883: « J'ai remarqué que depuis les récents événements d'Hanoi, l'attitude du roi vis-à-vis du Protectorat contrastait singulièrement avec ses déclarations et que, tout en protes-

8

130

::

Share This Page