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Quand nous sommes arrivés au Cambodge, la décadence semblait irrémédiable. Notre premier résident auprès du roi Norodom, M. Doudart de Lagrée, le chef de la célèbre explora- ration du Mékong et du Yunnam, écrivait en 1865 dans un rapport adressé au contre-amiral Roze: « Il n'existe pas de classe moyenne au Cambodge. Il n'y a que des mandarins ne travaillant pas, et une population misérable et exploitée à outrance. Tout le commerce est aux étrangers, Chinois, Malais, Annamites. N'ayant plus aucune garantie dans les lois du pays et complètement appauvri par, les exactions, le peu- ple est incapable d'offrir la moindre résistance aux révoltes armées. La classe des mandarins, deux ou trois fois plus nom- breuse qu'il ne faudrait, ne peut être satisfaite qu'en partie par le roi. Il a beau diviser de plus en plus l'autorité, augmen- ter ses fonctionnaires dans les provinces, le nombre des mécontents est toujours considérable... Le pays est sans force et incapable de se soutenir sans un appui étranger.
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Le gouvernement, ar Cambodge, est, selon l'expression de M. Moura, « absolu et despotique pur sang ». Le roi a droit de vie et de mort sur ses sujets, il les taxe, à son gré, sans mesure ni contrôle; il est censé le propriétaire exclusif du sol dont les particuliers n'ont jamais qu'une jouissance pré- caire, aux conditions dictées par la volonté royale. Une si- tuation particulière est faite toutefois à trois personnes de la famille royale: l'Objaréach,le roi qui a abdiqué; l'Obbareach, second roi; et la reine-mère. Ils portent la couronne, le titre royal, et reçoivent des provinces en apanage. Par un abus singulier, le caprice royal a conféré parfois ces dignités, par exemple celle d'Objaréach, ou roi qui a abdiqué, à des princes qui n'avaient jamais régné. La dignílé d'Objaréach est actuel- lement vacante au Cambodge.
L'ordre de succession au trône ne ressemble en rien à celui qui est suivi dans les monarchies d'Europe ou d'Orient. Tous les princes et, à défaut, les princesses de la famille royale peuvent aspirer à la couronne. A la mort du roi, l'hé-
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ritier est désigné parmi eux par le conseil des cinq plus hauts mandarins du royaume.
La cour du Cambodge a conservé les plus extravagantes traditions du faste asiatique.
Le palais royal renferme tout un peuple de serviteurs. Le roi a onze épouses légitimes et un nombre illimité de concubines. Il entretient, indépendamment de celles-ci, plu- sieurs centaines de danseuses et de chanteuses. Trois cents pages font le service intérieur du palais. Le nombre des gar- des, des esclaves mâles et femelles est extrêmement considé- rable. Les princes et princesses de la famille royale et les fils du roi âgés de plus de treize ans vivent hors de l'enceinte du palais. Le roi leur fait une pension en général fort maigre, mais ils s'entourent d'un nombre considérable de clients volontaires, d'esclaves et de corvéables dont le travail les fait vivre.
Le roi est entouré d'un conseil de cinq grands manda- rins ou ministres, sous la direction desquels une foule de mandarins d'ordre inférieur administre ou plutôt rançonne les provinces. Presque tous, écrit M. Moura, vivent d'exac- tions ou de cadeaux plus ou moins volontaires.
L'esclavage et le servage avec toutes leurs conséquences iniques et dégradantes, ont été jusqu'ici les fondements de la société cambodgienne.
Rien ne rappelle, en ce pays, le régime quasi-démocrati- que de la commune annamite que nous avons trouvé en Co- chinchine et au Tonkin.
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Les sujets cambodgiens censés hommes libres, les inscrils, paient un impôt de capitation, la location des terres que le roi veut bien leur permettre de cultiver, un impôt spécial sur le riz, et ils sont astreints à quatre-vingt- dix jours de corvée par an. Les produits du sol acquittent en outre, une taxe d'un dixième de la valeur perçue aux doua- nes intérieures. Le gouvernement dispose encore de divers monopoles, tels que celui de l'opium et de l'eau-de-vie, et il perçoit des droits importants sur les pêcheries. Les quatre-
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