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notre protectorat sur le Cambodge, il était indispensable de rappeler succintement l'historique de nos relations avec le royaume protégé.

Au moment où nous commencions à prendre pied en Cochinchine, l'antique royaume des Khmers n'avait plus qu'une existence précaire et constamment menacée. Très puissant autrefois à l'époque où, sous le nom de Ciampa, il comprenait toute la Cochinchine française, l'Annam méri- dional jusqu'à Hué et le Cambodge augmenté de provinces aujourd'hui siamoises; riche et florissant dans ces temps reculés, témoins les admirables ruines des monuments d'Angkor; le royaume des Khmers semblait toucher, vers 1859, au dernier terme de la décadence. Pressé entre deux voisins plus puissants que lui, le Siam au nord et l'Annam au sud, foulé tour à tour par leurs armées, démembré, menacé d'absorption, il avait fini par reconnaître la double suzeraineté de Bangkok et de Hué. Le roi Ang-Duong, cou- ronné en 1848 après une lutte acharnée dans laquelle les armées siamoises avaient soutenu sa cause, avait reçu l'investiture du monarque annamite et du monarque siamois.

Ang-Duong, en vue de se soustraire à la double sujétion qui pesait sur lui, eut un instant la pensée de faire appel à la protection de la France. Cette velléité n'eut pas de suites im- médiates, les intrigues et les menaces de la cour de Siam ayant empêché le roi Ang-Duong de recevoir M. de Mar- tigny, ministre plénipotentiaire, envoyé à Campot en 1855, par le gouvernement français, afin de répondre aux ouver- tures faites auprès de notre consul à Bangkok par un man- darin cambodgien émissaire du roi,

Ang-Duong mourut à Oudong en 1839. Les troupes fran- çaises occupaient déjà Saïgon. L'Annam absorbé par son con- flit contre nous, n'intervint pas au Cambodge, en cette cir- constance. L'influence de Siam y fut dès lors exclusive et prépondérante. Le fils aîné dụ défunt roi Ang-Duong, Prea- ang-Vodey, qui adopta plus tard le nom de Norodom, reçut

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l'investiture siamoise et régna d'abord sans opposition sous la tutelle de la cour de Bangkok.

Le jeune roi, il n'avait que vingt-quatre ans, el était obbareach (second roi) depuis trois ans, après avoir été bonze à Siam durant quelques mois, ne tarda pas néanmoins à voir son autorité sérieusement ébranlée. Il avait deux frères. Le premier Si-Savat, (l'obbareach actuel) était gardé à peu près comme olage à la cour de Bangkok; mais le se- cond, Si-Votha, dévoré d'ambition, soutenu par des manda- rins influents, ne tarda pas à se poser en compétiteur au trône de Norodom.

Une rivalité de harem précipita la guerre entre les deux frères (1). Les partisans les plus zélés de Si-Votha, Snang-Sor et Juthéa, surnommé plus tard Rama, à la suite de ses ex¬ ploits militaires, alliés l'un et l'autre de la famille royale, sou- levèrent les provinces au commencement de 1861. Norodom, après des péripéties diverses, fut forcé de s'enfuir d'Oudong, alors capitale du Cambodge, et d'aller se réfugier à Siam.

Sa restauration ne s'effectua qu'en mars 1862, grâce au concours intéressé des Siamois et à quelques secours donnés par le gouverneur français de la Cochinchine. L'insur- rection toutefois ne fut complètement étouffée qu'à la fin de cette même année 1862, après la mort de Rama et la capture de Snang-Sor. Quant au prétendant, Si-Votha, il avait réussi à se mettre en sûreté.

C'est vers cette époque que M. l'amiral Bonnard, gouver- neur de la Cochinchine, remonta, pour la première fois le Mékong, à bord d'une canonnière et se mit en relations avec le jeune monarque restauré. Un court séjour à la cour d'Oudong suffit pour permettre à l'amiral de se convaincre que le général siamois, representant de la cour Bangkok, auprès de Norodom, était le véritable roi du Cambodge.

Devenus limitrophes de ce royaume depuis notre établis- sement à Saigon, et substitués par le fait de la conquête aux anciens droits de co-suzeraineté de l'Annam sur le Cambodge,

(1) Voir Moura, Le royaume de Cambodge.

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