Journal grail
On lit dans le Safgonnais :
443
30 Octobre 18 8 3
Saigon, le 12 septembre 1883.
Nous venons de recevoir de Phoum-penh les renseignements suivants :
· Les négociations engagées au Cambodge par M. Klobukowski, chef de cabinet de M. le gouverneur de la Cochinchine, auraient abouti d'une façon fort heureuse.
* Par convention, en date du 10 septembre, le roi du Cambodge aurait pris l'engagement: 1o de confier, à partir du 1er janvier 1884, à l'administration de Cochinchine la perception des impôts sur l'opium et les alcools, moyennant une somme annuelle de 11,000 barres (environ 175,000 piastres); le revenu de cet impôt donnera, croyons-nous, à la colonie un bénéfice de plus de cinquante mille piastres; 2o à exécuter la convention du 20 novembre 1881, relative aux dépenses du protectorat, dont le montant reste fixé à 68,000 piastres par an. Cette somme sera retenue mensuellement, par fraction de 5,500 piastres, sur le versement à opérer au trésor royal par l'administration de l'opium et des alcools.
* La plus grande cordialité n'a cessé d'exister pendant toute la durée de l'entrevue entre le roi du Cambodge et le délégué du gouverneur. Lorsque la convention a été signée, S. M. Norodom a tenu à exprimer la vive satisfaction que lui faisait éprouver cet arrangement et l'a fait en disant: "Tout mon cœur est pour la France et pour Son Excellence M. le gouverneur de la Cochinchine."
Il a chargé M. Klobukowski de remettre, de sa part, à M. Thomson les insignes de grand-croix de l'ordre du Cambodge. - Il a nommé en même temps au grade de commandeur de son ordre M. Klobukowski et M. Fourès, représentant par intérim du protectorat et a tenu à leur remettre lui-même les insignes.
Saïgon, notre correspondant nous informe que le délégué du gouverneur de la Cochinchine a remis au roi Norodom un projet de constitution qui, s'il est adopté, modifierait entièrement le régime politique, administratif et économique du Cambodge; nous citons entre autres points: la suppression de l'esclavage. Le roi a fort bien accueilli le projet, se serait engagé à l'étudier sérieusement et à présenter ses observations dans un délai de trois mois.
L'heureuse issue des négociations engagées au Cambodge est toute à l'honneur du roi Norodom, qui a parfaitement compris que le protectorat de la France devait avoir pour but de pousser son pays dans la voie du progrès et de l'amener par tous les moyens possibles à développer son commerce, son agriculture et son industrie, qui lui donneront la richesse. En acceptant de confier à l'administration de Cochinchine la perception des impôts sur l'opium et les alcools, le roi du Cambodge a voulu consacrer l'union intime des deux pays. L'action régulière d'une administration est inconnue au peuple cambodgien, mais nous sommes convaincu que, dans un avenir peu éloigné, il en appréciera les bienfaits dans l'intérieur du royaume.
C 0. 18723
RECP
REGS NOV 63.