W677
Journal des Débats 14 October 1883
C. O. 17855
RECP
REGE 20 OCT 83,
407
COLONIES FRANÇAISES
COCHINCHINE ET TONKIN,
Le ministre de la marine a reçu ce matin du général Bouët un rapport daté du 22 août, et donnant les détails les plus circonstanciés sur les attaques tant isolées que simultanées opérées par les trois colonnes françaises dans les journées des 15 et 16 août.
Il confirme les succès remportés par les Français et énumère les nombreuses difficultés que leur suscitèrent les pluies et les inondations, tout en constatant que ces difficultés ont été plus préjudiciables encore à l'ennemi qu'à nos troupes.
A l'attaque du 16, conclut en effet le général Bouët, l'ennemi, en retraite depuis le 15 au soir, perdait, par cette crue subite, une partie de ses blessés et probablement son matériel. Ses pertes s'élevaient, d'après les renseignements donnés, à 300 tués et un millier de blessés. De notre côté, nous avions eu des tués et blessés, dont le télégraphe a fait connaître les détails en son temps, 81 tant Français qu'Asiatiques.
Dès la rentrée des Français à Hanoi, les vivres ont été complétés, ainsi que les munitions, pour être prêts à tirer tout le parti possible des avantages obtenus, dès que les chemins seraient redevenus praticables.
Dans ces deux journées, les troupes, qui pour la plupart voyaient le feu pour la première fois, ont fait preuve d'une grande solidité. L'entrain ne s'est pas démenti, malgré un temps affreux et des difficultés de toute sorte. Les résultats de l'opération ont été, malgré tout, des plus importants. La flottille en a pris sa part et les marins ont montré dans ces deux journées leurs qualités habituelles.
L'Indépendant de Saïgon, du 8 septembre, raconte en ces termes la prise d'Haï-dzuong:
Le 14 août, M. Marquis, accompagné de M. le lieutenant-colonel Brionval, sous le commandement duquel étaient les troupes, partit d'Hafphong à bord de deux canonnières, emportant de l'artillerie légère. On savait déjà depuis plusieurs jours que les Annamites avaient entrepris l'évacuation d'Haï-dzuong et la construction d'une nouvelle citadelle sur l'autre rive du Thai-Binh près de Phu Binh.
Comme on s'y attendait, Haï-dzuong ne fut pas défendu : l'évacuation en était complète à ce point que la population avait déjà entrepris le pillage des magasins et spécialement des magasins à riz lorsque l'autorité française intervint, fit rechercher et rentrer à leur poste les fonctionnaires annamites et rétablir l'ordre.
Il paraît d'ailleurs que l'inondation, qui a atteint cette année des proportions extraordinaires, a détruit dans les provinces de grandes quantités de récoltes et de grains emmagasinés déjà. Cette destruction, venant à la suite des dégâts de toute nature commis par les troupes annamites et du manque de tranquillité qui a empêché la culture de se faire comme d'habitude, produit un surenchérissement des denrées de première nécessité et spécialement du riz, qui prend presque les proportions d'une disette. Aussi les indigènes, laissés en liberté pour un moment, commencèrent-ils par s'emparer de ce qu'ils jugeaient le plus essentiel à leurs besoins, le riz.
Après avoir réorganisé à la hâte l'administration à Haï-dzuong, M. Marquis se porta sur la nouvelle citadelle. Il fallut passer le Thai-Binh dans des bacs, en présence d'un détachement de Pavillons-Noirs et de soldats réguliers annamites; il fallut même ouvrir le feu contre la nouvelle citadelle et s'en emparer par force. On n'y trouva d'ailleurs que des munitions et du riz destiné à l'alimentation de la garnison.
On reprit alors la marche par terre pour aller enlever le petit fort de Phu Binh où l'on trouva transporté le magasin à sapèques contenant 360,000 ligatures.
L'un des plus utiles résultats de l'expédition a été la capture des archives de la province qui sont tombées entre nos mains, et tous ceux qui savent à quels embarras les Français ont dû faire face en Basse-Cochinchine par suite de la destruction des archives des provinces conquises en 1869 comprendront le prix que M. Marquis attachait à cette capture.
Il fallait aussi s'emparer de Quan Yen; on réembarqua donc les troupes et on vint devant cette citadelle, sommer le gouvernement annamite d'en faire la remise aux mains des Français. Il hésita, mais, d'après divers pourparlers et vu l'attitude énergique des commandants du détachement, il consentit à prendre la ville et la citadelle, après avoir fait constater officiellement, par un recensement des objets trouvés dans la citadelle et dans les magasins, que tout était en bon ordre.
Les nouvelles de Cochinchine annoncent qu'un télégramme de Singapour aurait fait savoir que les prisonniers détachés dans l'île de Bai-Cam pour travailler à la construction du phare de Poulo-Condor se sont révoltés. Ils ont massacré MM. Dulong et Cabaducteur, M. Bidault, il a été gravement blessé, mais a pu se sauver.
60 prisonniers se sont évadés avec des armes et deux embarcations.