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of 6. June

in Lad Lyons et 37.2

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1803

Oxtract

Journal des Débats

fournal des

Journal

Débats 6

&

COLONIES FRANÇAISES

Tonkin. La direction de l'agence Havas, ayant télégraphié à son représentant à Moscou d'aller rendre visite au marquis de Tseng, ambassadeur de Chine, à Paris, a reçu, cette nuit, la dépêche suivante, qu'elle croit devoir publier sans y rien changer.

« Moscou, le 5 juin.

Je me suis présenté ce matin chez le marquis de Tseng, et lui ai expliqué franchement le but de ma visite.

Le marquis de Tseng a fait preuve de la plus grande bienveillance dans cet entretien; voici le résumé exact de ses réponses au sujet du Tonkin et de l'attitude de la Chine!

Les relations diplomatiques ne sont pas rompues entre la France et la Chine. "La Chine ne veut aucunement une rupture; mais, en fait, les relations entre les deux pays semblent interrompues, le gouvernement français s'étant abstenu de répondre depuis longtemps aux Notes de l'ambassadeur de Chine, et M. Bourée ayant été rappelé sans que son successeur ait été désigné.

» La mission dont est chargé M. Tricou étant simplement provisoire, ces relations seront certainement rompues si la France agit au Tonkin sans entente préalable avec la Chine, parce que le Tonkin dépend du royaume d'Annam, sur lequel la Chine revendique des droits de suzeraineté qu'elle croit incontestables.

• M. de Tseng ne croit pas au succès de la mission de M. Tricou, par le motif que M. Tricou ne peut faire à la Chine que des propositions moins favorables que celles du traité Bourée. Or, ce dernier traité, négocié et conclu entre M. Bourée et le général Li-Hung-Chang, vice-roi des provinces du Sud, aurait été certainement rejeté par le gouvernement chinois si la France n'avait pris les devants.

• M. de Tseng estime que, si la France poursuit au Tonkin le projet exposé à la Chambre des Députés, il est possible que la guerre n'éclate pas entre la France et la Chine, mais cette action créera une situation dangereuse.

» Le gouvernement chinois désire profondément empêcher une rupture complète, et il est disposé à aller aussi loin que possible dans la voie des concessions pour empêcher une telle situation de se produire; malheureusement il y a deux partis en Chine: celui de la paix et celui de la guerre. Or, le parti de la guerre a gagné beaucoup de terrain, surtout depuis les derniers événements, et il est assez puissant pour entraîner le gouvernement chinois.

» Le marquis de Tseng est partisan de la paix; il fera, quant à lui, tous ses efforts dans le sens de la conciliation,

» Interrogé sur les vues propres du gouvernement chinois relativement à l'entente possible de la France et de la Chine, M. de Tseng déclare que la Chine est décidée à reconnaître le traité de 1862 entre la France et l'Annam; il ajoute que, suivant son opinion personnelle, la Chine, dans les circonstances actuelles, serait également disposée à reconnaître le traité de 1874, étant bien entendu toutefois:

» 1° Que le droit d'intervention de la France pour le maintien de l'ordre ne devrait s'exercer que sur la demande de l'empereur d'Annam, et cela d'ailleurs conformément aux clauses du traité;

2° Que le traité ne serait pas considéré comme excluant la suzeraineté de la Chine sur l'Annam.

M. de Tseng croit, de plus, que le gouvernement chinois consentirait à ouvrir largement le Yunnan au commerce français; mais il pense que la Chine n'irait pas au-delà de ces concessions.

Interrogé sur la résistance que la France pourrait rencontrer au Tonkin, M. de Tseng affirme que, pour atteindre le but tel qu'il a été exposé à la Chambre des Députés, la France devra, même si la Chine n'intervient pas, et uniquement pour vaincre les résistances et les difficultés locales, faire en hommes et en argent dix fois plus de sacrifices qu'il n'en a été proposé.

L'ambassadeur de Chine, en terminant cet entretien, a exprimé le désir que la presse consacre ses efforts à amener la conciliation entre les deux pays, afin d'éviter une rupture. »

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