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Sp. Lyon.
Journal des
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Débats 99. Mai 1883
COLONIES FRANÇAISES Cochinchine et Tonkin. - M. Tricou, le nouvel envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de France à Pékin, a quitté Yeddo pour aller remplacer M. Bourée. Avant son départ, il a reçu de l'empereur du Japon le grand cordon de l'Ordre du Chrysanthème.
M. de Kergaradec, envoyé extraordinaire à la cour d'Annam, se trouvait à Saigon le 27 mai, attendant de nouvelles instructions avant de partir pour Hué.
A la même date du 27 mai, M. Harmand, nommé gouverneur civil du Tonkin, avait quitté sa résidence de Bangkok et se trouvait à Singapore, en route pour Saigon.
Les détails que nous avons donnés hier sur les malheureux événements d'Hanoi ne se réfèrent, comme on l'a vu, qu'à la sortie du 18 mai, que le gouvernement savait avoir été projetée dès le 10 mai. On sait maintenant que nos soldats revenaient vainqueurs lorsqu'ils ont été victimes d'une embuscade. L'attaque dirigée sur la citadelle d'Hanoi le 27 mars par le sous-gouverneur de cette ville avait sans doute convaincu le commandant Rivière de la nécessité de cette sortie.
Sur l'attaque elle-même et la sortie qui l'avait suivie, des lettres particulières ont apporté quelques détails que voici :
Après le démantèlement de la citadelle, les hauts mandarins annamites y étaient restés, les Français n'occupant que la pagode royale qui s'y trouve. Le drapeau annamite avait même continué à flotter sur la citadelle. Il paraît que, voulant profiter du départ pour Nam-Dinh de la majeure partie des troupes (il n'était resté dans la pagode qu'une compagnie d'infanterie de marine sous les ordres du capitaine Retrouvey), le sous-gouverneur de la ville projeta de massacrer ou d'expulser les Français.
A cet effet, sortit de la citadelle, se mit en rapport avec le général annamite et prit par une surprise nocturne des mesures que la vigilance du capitaine Retrouvey fit échouer. C'était le 26 mars.
Dans la nuit qui suivit, le commandant Berthe de Villers, du Léopard, du voisinage des troupes annamites, fit faire une reconnaissance offensive par deux compagnies d'infanterie de marine et la compagnie de débarquement du Léopard.
L'attaque, dirigée sur le village de Gia Cúc, que des Annamites défendaient avec du canon et derrière un fossé, réussit complètement. Emportés par leur ardeur, marins et soldats arrivèrent ensemble sur le retranchement, en chassèrent l'ennemi qui s'enfuit dans toutes les directions, abandonnant Gia-Cao et le village voisin de Gia-Thuy.
Six canons, des fusils de rempart, des revolvers et des fusils de marques étrangères furent les trophées de la journée, qui nous avait coûté cinq soldats d'infanterie de marine.
Les pièces de 12 et de 14 et les canons revolvers Hotchkiss du Léopard avaient soutenu l'attaque.
Le commandant Rivière adressa aux troupes les deux ordres du jour suivants se référant aux journées de Nam-Dinh et d'Hanoi.
Nam-Đinh, le 21 mars 1883.
Soldats et marins,
Vous venez de montrer à la prise de la citadelle de Nam-Dinh le même entrain, la même valeur, le même dévouement qu'à la prise de la citadelle d'Hanoi (25 avril 1882).
Je vous confonds les uns et les autres, les anciens comme les nouveaux, dans cet éloge, que votre brave colonel, blessé à votre tête, vous décerne comme moi.
La patrie, qui vous suit de cœur dans les pays lointains où nous sommes, tressaillera bientôt d'émotion et d'orgueil en apprenant ce que vous avez fait.
Vive la France !
Hanoi, le 2 avril 1883.
Soldats et marins,
Pendant que vos camarades prenaient la citadelle de Nam-Dinh, vous repoussiez ici les troupes annamites et les Drapeaux-Noirs qui attaquaient la pagode et qui se disposaient à investir Hanoi.
Vous faisiez plus, vous rejetiez ces troupes sur leurs villages de la rive gauche, et vous les leur enleviez.
A Hanoi et à Nam-Dinh, vous étiez dignes les uns des autres; vous avez tous montré la vaillance, la discipline et l'élan qui font que le soldat est fier de lui-même et que le pays est fier de lui.
Vous avez bien agi.
Vive la France !
Une lettre adressée au Temps ajoute à ces détails le récit d'un incident assez caractéristique pour que nous le rapportions :
Dans sa dernière tournée pastorale, Mgr Puginier, l'évêque catholique du Tonkin, se reposait dans une maison d'un village chrétien lorsque des Annamites et des Chinois vinrent demander au maître de la maison le grand prêtre des Français dans l'intention de lui faire subir le sort de son prédécesseur.
Le Tonkinois les invita en riant à entrer, les engageant à venir voir l'évêque mitré, crossé, vêtu de velours de soie et d'or.
Sur cette invitation, les brigands disparurent.
« Noir, dans ce pays, veut dire blanc, » dit après leur départ à Mgr Puginier, qui lui demandait des explications, le Tonkinois satisfait.
« Si j'avais nié que vous fussiez dans ma maison, on y serait entré, on m'aurait coupé la tête et votre mort eût été certaine. »
C 0. 9830
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