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16 Mai (CHAMBRE)

battre un Gouvernement qu'ils voudraient, au contraire, pouvoir soutenir.

DÉBATS PARLEMENTAIRES

à

Année 1888

Année 1883

kcang-Bi....... »

DÉBATS PARLEMENTAIRES

une erreur.

M. le rapporteur. Ce n'a pas toujours été

M. Georges Perin. Je crois qu'il vous sera très difficile d'établir que le grand mouvement d'affaires à Haï-Phong, est fait par les Français; je dirai même que nous aurons grand peine à y supplanter, par notre commerce, les Anglais qui y sont établis depuis longtemps.

même de la première expédition au Tonkin.

kin a été une entreprise nefaste, et que nous en supportons aujourd'hui les conséquences.

Même en supposant que nous puissions donc, messieurs, je viens aujourd'hui demander à la Chambre de réfléchir, et au Gouvernement de ne pas entrer dans cette voie unique de tous les produits d'échange dans l'extrême Orient, auxquelles je suis aussi sensible qu'il y ait abdication pour cet officier de grande valeur, ce grand voyageur, parce que je crois que, aujourd'hui encore, il ne faut pas aller plus loin que nous avons été, par le Gouvernement, par le ministre de la marine, qui permettait au Journal officiel de déclarer, alors que cet officier était mort glorieusement au service de la France, que la cause de nos difficultés était que M. Francis Garnier avait probablement outrepassé les ordres qui lui avaient été donnés.

Je roove, en outre et c'est ici le second côté de ma discussion, que nous pouvons ne pas aller plus loin que nous avons été, par le Gouvernement, par le ministre de la marine, qui permettait au Journal officiel de déclarer, alors que cet officier était mort glorieusement au service de la France, que la cause de nos difficultés était que M. Francis Garnier avait probablement outrepassé les ordres qui lui avaient été donnés.

Pour moi, j'ai déjà eu occasion de rendre hommage à cet officier de grande valeur, ce grand voyageur; je l'ai fait à une époque où qui que ce soit, il y a un autre point de vue à considérer, celui de nos intérêts réels, qui seront toujours avantageux, ou seront même glorieux, matériels, de prospérité coloniale; c'est ce point que j'ai à m'expliquer et je ferai en quelques mots.

L'opinion publique a été trompée et elle a été trompée sur cette question de la prise de possession du Tonkin, qu'on la présente comme une terre promise, où tout est au moins des doutes et des doutes très sérieux.

Mais laissons, si vous voulez, de côté cette question et venons-en aux faits.

On dit ensuite: il faut ouvrir des débouchés au commerce et fournir un aliment à notre marine marchande.

D'un seul mot je montrerai que, là encore, il y a une illusion.

Ouvrir des débouchés au commerce! Mais le jour où nous serions complètement maîtres du Tonkin, croyez-vous que le commerce français saurait s'y créer des débouchés, et croyez-vous qu'il aurait fait le jour-là ce qu'il n'a pas su faire dans la Cochinchine, ce qu'il n'a pas su faire encore à Haï-Phong où nous sommes, où rien ne l'empêchait d'agir et de se créer des débouchés?

M. Paul Bert, Lesquels ? Quel est votre système ?

M. Georges Perin. Mon système, je l'ai déjà exposé il y a deux ans et malheureusement sans succès.

Mais les faits nouveaux qui se sont produits ont donné raison à ce que je disais, et c'est ce qui me fait un devoir de la répéter aujourd'hui, du moins en partie.

Je ne viens pas vous proposer d'abandonner purement et simplement le Tonkin, ce qui pourtant - soit dit en passant - pourrait se faire sans mettre en péril notre colonie de la Basse-Cochinchine, sinon diminuer momentanément, je le veux bien, le prestige de la France dans l'extrême Orient.

A une certaine époque, on a dit, dans la commission du budget et ailleurs, que, si nous nous retirions du Tonkin, nous serions à bref délai obligés d'abandonner la basse Cochinchine.

A quoi l'amiral Jaureguiberry répondait, nos collègues de la commission doivent s'en souvenir et les procès-verbaux de la commission en font foi, l'amiral Jaureguiberry répondait que cela n'était pas soutenable, qu'il y a 250 lieues de distance entre la basse Cochinchine et le Tonkin et que l'abandon des quelques points que nous occupions au Tonkin ne modifierait en rien notre situation dans la basse Cochinchine.

Je reconnais, messieurs, que, si nous nous retirions purement et simplement du Tonkin, notre prestige dans l'extrême Orient pourrait en être un peu amoindri, et ce n'est certes pas cela que je viens proposer à la Chambre.

Mais, avant de faire connaître le moyen terme qui, je le crois, serait de nature à sauvegarder tous les intérêts, je pense qu'il est nécessaire, vu la grande importance donnée par le rapport à ce côté de la question, je pense qu'il est nécessaire de montrer comment cette question est devenue aujourd'hui une de celles qui préoccupent le plus le pays.

M. Paul Bert. On a été odieux pour lui et pour ses compagnons !

M. Georges Perin. A cette époque, en 1873, j'ai protesté et j'ai dit: Il y a quelqu'un qui a outrepassé les ordres qu'il avait reçus, mais ce n'est pas l'homme qui est mort, qui a eu le tort de mourir; car, s'il eût été vivant, il aurait su se défendre, ce n'est pas Francis Garnier, c'est l'amiral Dupré.

M. le rapporteur. Qui est mort aussi, M. Georges Perin !

Il est mort, je le sais, mais je puis répéter ce que j'ai déjà dit quand il était en vie: L'amiral Dupré aurait dû passer en conseil de guerre, parce qu'il avait enfreint ouvertement les ordres de son chef, le ministre de la marine.

J'ai là le texte même de la dépêche qu'au mois de juillet 1873 M. le ministre de la marine envoyait à l'amiral Dupré et dans laquelle il lui disait: Sous aucun prétexte, pour quelque raison que ce soit, n'engagez pas la France au Tonkin.

Le ministre d'alors faisait valoir des motifs sur lesquels je ne reviendrai pas; il suffit, pour les deviner, de se rappeler que, en 1873, on était bien près de 1870.

L'amiral Dupré n'a pas tenu compte de cette dépêche; il a donné des ordres à M. Francis Garnier, qui, lui, devait les exécuter, et j'estime que ce n'est pas sur ce dernier qu'on aurait dû faire retomber la responsabilité des événements graves qui sont survenus et qui ont eu pour conséquence de nous faire abandonner le pays dans des conditions déplorables, je le reconnais, et cependant, pour mon compte, je ne reproche pas au gouvernement d'alors de ne pas être resté au Tonkin.

Et que ceux de mes honorables collègues de l'Assemblée nationale qui aujourd'hui sont au banc ministériel me permettent de le leur dire: puisque dans leur exposé des motifs, ils paraissent faire même un crime au gouvernement d'alors de n'avoir pas été en avant, de n'avoir pas tout au moins maintenu notre occupation, ils auraient dû formuler leurs critiques autrefois, lorsque le traité de 1874 a été discuté.

Il ne faut rien exagérer cependant.

Lorsque nous discutions dernièrement la question si grave des récidivistes, M. le ministre de l'intérieur disait avec raison que certains cahiers électrons réclamaient cette loi; mais je ne sache pas que, dans aucun cahier, sauf peut-être dans celui de M. Blancsubé, on trouve formulée cette demande de la solution de la question du Tonkin par la prise de possession ou par un protectorat effectif de ce pays.

Leurs s'en soient préoccupés.

Mais je reconnais que, si les électeurs n'ont pas donné un mandat formel, à cet égard, à leurs commettants, il y a une opinion publique qui s'est formée, dont le Gouvernement peut avoir à cœur de tenir compte, et je ne me dissimule nullement que, si le Gouvernement acceptait ma solution, il aurait peut-être à remonter le courant de l'opinion publique; mais c'est un devoir pour lui, si l'opinion publique a été égarée.

Or, selon moi, l'opinion publique a été égarée par deux raisons: d'abord, par une raison extrêmement louable et que je respecte, par une raison de sentiment, et ensuite par une raison d'intérêt mal compris.

La raison de sentiment, c'est l'histoire de Francis Garnier.

Ceci dit pour la partie historique, je crois que ce nom de Francis Garnier, qui apparaît entouré d'une auréole de gloire et de dévouement à son pays, les journaux s'en sont servis, comme ils avaient le droit de le faire, pour entraîner l'opinion publique; mais nous devons examiner les choses plus froidement, et après avoir rendu hommage à ce citoyen, à cet officier de très grand mérite, nous n'en devons pas moins examiner impartialement la ligne politique qu'il a suivie dans l'extrême Orient.

M. le rapporteur. C'est une erreur; il est vrai que cela n'a pas toujours été une erreur.

M. Georges Perin. M. le rapporteur me coupe la parole, mais je continue.

On ne parle plus aujourd'hui, dans l'exposé des motifs et dans le rapport de M. Blancsubé, du fleuve Rouge et des grands avantages pécuniaires que nous en pouvons retirer.

Et cela est si vrai que les gens sérieux disent: Le jour où nous serons maîtres du Tonkin, nous suppléerons à l'insuffisance du fleuve par un chemin de fer.

le président. Vous répondrez, mon rapporteur, mais n'interrompez pas.

M. Georges Perin. Cette considération est laissée un peu de côté, et avec raison: c'est que ce fleuve est peu navigable.

Vous savez qu'à cet égard les renseignements les plus positifs, les plus authentiques ont été fournis par M. Tardieu, dans un rapport que le Gouvernement a bien voulu me communiquer, et qui dit à cet égard:

Si on recherche dans quelles proportions les divers pavillons ont pris part au mouvement maritime, on trouve que le pavillon anglais couvre 35 p. 100 du tonnage total; le pavillon américain 20 p. 100; le pavillon chinois 23,5 p. 100, par ses vapeurs seulement, sans compter les jonques; le pavillon allemand 11 p. 100; le pavillon hollandais, 5,5 p. 100; le pavillon français 5 p. 100.

Dans la saison des hautes eaux, des courants de foudre; à l'époque de l'étiage, des bas-fonds et des rapides; en tout temps le manque de sécurité, au milieu de ces forêts habitées par des peuplades à demi-indépendantes; et enfin les avanies que les fonctionnaires annamites, ou les bandes d'aventuriers à la solde du gouvernement, font subir au commerce.

La navigation française tient, jusqu'à présent, une trop faible place; encore ne l'occupe-t-elle que grâce aux voyages du vapeur subventionné par l'administration de la Cochinchine française.

Voulez-vous me permettre de vous donner l'avis de M. Tardieu, qui a été et qui est encore, je crois, un fonctionnaire du Gouvernement, et qui a été chef d'affaires à Hai-Phong ?

M. le rapporteur. Il a été mis à la retraite !

M. Georges Perin. En tout cas, il a été consul à Haï-Phong.

M. Tardieu, dans un rapport que le Gouvernement a bien voulu me communiquer, dit à cet égard:

La navigation française tient, jusqu'à présent, une trop faible place; encore ne l'occupe-t-elle que grâce aux voyages du vapeur subventionné par l'administration de la Cochinchine française.

Et alors il envisage le manque de sécurité résultant des Pavillons noirs.

Je reconnais que l'honorable collègue M. Blancsubé, qui a une grande autorité dans cette question, me dit que c'est une erreur.

Pour moi, je trouve que M. Francis Garnier s'est trompé, que l'entreprise du Tonkin a été une erreur.

Singapore, et qui sont actuellement en possession du commerce - brali possidentes, c'est vous - vous ne les débusquerez pas de cette situation, sans établir un régime de protection, ce que, du reste, vous ne voulez ou ne pouvez pas faire.

Je crois donc que vous ne créerez pas de débouchés à notre commerce, je crois que vous ne fournirez pas un aliment à notre marine marchande.

J'arrive à la question des mines.

Tout à l'heure, M. le ministre des affaires étrangères vous a montré à quel point le Gouvernement se préoccupait de cette question, puisqu'il a dit qu'un des motifs pour lesquels il n'avait pas voulu accepter le traité de M. Bourée, c'est qu'il cédait à la Chine la partie du Tonkin la plus riche peut-être en mines.

Je parle des mines de charbon, car dans une carte qui nous a été donnée tout à l'heure et que tous mes collègues ont entre les mains, des mines considérables, des mines argentifères, aurifères sont indiquées dans une autre partie du pays.

Je dois reconnaître que le Tonkin est un des pays miniers les plus riches du monde.

Je vois sur un point de cette carte: Mines d'or et d'argent; sur un autre point encore, mines d'or, mines d'argent.

Et enfin, messieurs, notez ceci : grosses pépites d'or.

M. le comte de Douville-Maillefen. Dans une région inexplorée ! (On rit.)

M. Georges Perin. Grosses pépites d'or ! Ceci rappelle tout à fait l'Eldorado de Voltaire, où il n'y avait qu'à se baisser pour ramasser des cailloux qui étaient des diamants et de la terre qui était de l'or.

Voilà donc un pays extrêmement riche en mines, et je comprends qu'on veuille les exploiter.

A cet égard, je voudrais faire une seule observation.

On a regretté, - le Gouvernement a pu le voir et le lire dans divers journaux, que des promesses de concessions aient déjà été faites.

M. Jules Ferry, président du conseil. Quelles promesses ? Qui a fait des promesses ?

M. Georges Perin. Je dis que ce bruit a couru...

M. le président du conseil. On a dit une chose qui n'est pas exacte; cela arrive souvent du reste.

M. Georges Perin. Je suis heureux, et c'est un peu pour cela que j'ai soulevé la question, de vous avoir fourni, monsieur le président du conseil, l'occasion de déclarer qu'on n'avait fait aucune promesse de cette nature.

Je souhaite qu'on indemnise M. Dupuis qui, probablement, a droit à une indemnité.

Un membre au centre. La Chambre l'a jugé.

M. Georges Perin. Mais j'ai regretté que, ce jour-là, une parole semblable ait été prononcée à la tribune.

Je crois qu'il ne doit pas y avoir de promesses faites à l'avance.

Si nous prenons le Tonkin, où l'on trouve des pépites d'or à fleur de terre, je voudrais qu'il fût entendu que vous ne donnerez la concession des mines que par une loi.

Je sais que vous avez le droit de le faire par un décret, mais pourquoi ne pas faire aux colonies ce qui se fait en France.

En ne faisant la concession que par une loi, la question se trouverait discutée devant la Chambre, et ainsi aucune accusation malveillante ne pourra se produire.

Doit-on prendre un pays parce qu'il renferme des richesses minières ? (Sourires. Très bien ! très bien !)

Vous avez des mines en maints endroits, dans des pays dont vous êtes possesseurs.

Je ne parlerai pas de la Guyane, où les mines sont inexploitées; mais dans l'extrême Orient, au Cambodge, il existe des mines extrêmement riches.

Sur cette carte, on aurait pu indiquer les mines d'or du Cambodge: on pourrait les exploiter.

En prenant le Tonkin uniquement pour ses mines, vous vous engageriez dans une aventure dont les avantages ne compenseraient pas les inconvénients.

Mais enfin, messieurs, on dit qu'il n'y a pas d'hésitation possible, et on veut rassurer la Chambre qui, avec raison, se préoccupe des finances de la France, sur l'importance des dépenses.

Le Gouvernement le comprend; il nous demande de débourser 5 millions seulement, et il ajoute aussitôt : Le pays où nous voulons aller pourra largement compenser les dépenses que nous aurons à faire.

Le Tonkin fournit 18 millions d'impôts que l'on pourrait sans trop faire crier le contribuable, porter à 30 millions.

M. le rapporteur a été plus loin; il a parlé de 80 à 100 millions.

Prenons le chiffre de 30 millions, c'est celui, je crois, que M. le ministre de la marine a donné à la commission du budget.

Et l'on dit: Ces 30 millions suffiront à toutes les dépenses: 10 millions pour l'expédition proprement dite, 5 millions pour les menues frais; on donnera 5 ou 10 millions au pauvre Tu-Duc qui, ainsi, ne sera pas trop pauvre.

A ce prix, dit-on, nous posséderons le pays.

Eh bien, franchement, quand on nous propose d'aller nous établir dans un pays et qu'on nous dit, en mettant tout au mieux, que ce pays payera tous les frais de la guerre, on nous demande tout simplement de mettre la population tonkinoise en régie.

Voilà, je crois, comment les choses doivent s'appeler.

Je crois, moi, que nous avons mieux à faire.

J'estime que nous devons développer par d'autres moyens notre prospérité coloniale et je voudrais l'asseoir sur une autre base.

Quelques membres. Laquelle ? Quel est votre système ?

M. Georges Perin. On me dit : Quel est votre système ? Je vais vous le dire dans un instant.

Aujourd'hui la question est posée nettement.

Il n'est plus permis de croire qu'on s'établira au Tonkin avec une compagnie, comme cela a été dit.

Si nous prenons le Tonkin, l'honorable M. Blancsubé pourra réclamer une grande part de gloire.

Il est de ceux qui ont le plus poussé le pays vers cette entreprise, et qui ont le plus contribué à y entraîner l'opinion publique.

Voici ce qu'il a dit le 30 mars 1881, devant la société académique Indo-Chinoise.

(M. Blancsubé fait un signe de dénégation.)

C'est dans le Bulletin de la société académique Indo-Chinoise que je trouve la complète reconstitution de cette conférence.

Si ce n'est pas à cette société que vous l'avez faite, c'est peut-être au boulevard des Capucines.

M. le rapporteur. A quelle époque ?

M. Georges Perin. Le 30 mars 1881.

Voici ce que vous avez dit :

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