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DÉBATS PARLEMENTAIRES

des, ni dans ses moyens. Ce que nous aurions à la tâche de celui qui a le périlleux honneur de craindre, c'est qu'elle favorisât, au Tonkin, l'entrée de bandes capables d'y jeter le trouble. Ce n'est pas là un danger à redouter, c'est un mal à guérir, et c'est dans l'espoir d'y porter remède que nous avons présenté le projet soumis en ce moment à vos délibérations. (Très bien! très bien! et applaudissements à gauche.)

M. le président. La parole est à M. Georges Perin.

M. Georges Perin. Messieurs, les graves paroles que M. le ministre des affaires étrangères vient de faire entendre à cette tribune, et qui ont fait connaître à la Chambre un côté de la question qu'elle ne connaissait qu'imparfaitement, je crois, démontrent combien avaient raison ceux qui, il y a deux ans, alors que la question du Tonkin était portée à cette tribune, demandaient que l'on tînt compte du danger de conflits possibles avec la Chine.

A cette époque le Gouvernement, et je le regrette, n'a pas fourni à la Chambre sur les éventualités qui pouvaient se présenter des renseignements que, selon moi, il aurait dû vous répondre en ce moment.

Le Gouvernement n'ayant pas cru devoir ratifier le traité que M. Bourée signait ad referendum avec la Chine, parce qu'il considérait qu'il y avait danger de le faire et que son acceptation eût presque été une atteinte à l'honneur de la France, je demande la permission de ne pas l'examiner en ce moment dans son ensemble. Le traité n'ayant pas été accepté, nous n'avons pas à nous en occuper en l'appréciation des difficultés pendantes. Je veux donc examiner quelle est la situation de la France vis-à-vis de la Chine et jusqu'à quel point nous devons tenir compte de cette prétention de la Chine à exercer le droit de suzeraineté sur l'Annam.

Année 1883

qu'il ait été amené à conclure un traité que le soin de l'honneur de la France ne permet pas au Gouvernement de la mère-patrie de ratifier.

Année 1883

mergie active, par son audace entreprenante, changer le marché et à porter sur la place de Lyon le marché qui était autrefois à Londres; elle a noué des relations directes avec la Chine, et il se fait aujourd'hui entre la Chine et Lyon des affaires qui ne se chiffrent pas par moins de 400 millions.

M. le ministre a, à cet égard, des renseignements qui nous font défaut. Toutefois, si nous avons avec la Chine des difficultés, les affaires ne devons pas être exposés à une prise d'armes par avoir d'autres conséquences, et les situations qui peuvent naître d'un état qui ne seraient singulièrement entravées, et que nous serions peut-être pas la guerre, mais qui ne verrions pas disparaître une source de bénéfices considérables pour l'une de nos grandes villes manufacturières.

Voilà un côté de la question qu'il ne faut pas négliger et sur lequel j'appelle l'attention de M. le ministre et de la Chambre.

La Chine ne nous déclarera pas la guerre, je le veux bien, et j'ajoute que je le souhaite car, si la Chine est une puissance qui ne redoute pas cette éventualité.

M. Ballue. Je puis vous assurer que Lyon ne peut pas mettre en péril la grandeur de la France et son avenir, - il serait ridicule de le supposer un seul instant, il serait également puéril de croire qu'elle n'est pas redoutable.

M. Georges Perin. Vous avez certaine- ment, monsieur le ministre, des renseignements qui nous font défaut. M. le ministre des affaires étrangères nous a fait, en termes extrêmement nets et avec cette clarté d'exposition qui donne tant de charme à sa parole, un tableau très exact de l'histoire de la Chine dans les siècles passés; il nous a dit que les prétentions de la Chine étaient telles que si l'on en tenait compte chaque fois qu'on se trouve en face d'elle, il faudrait que nous n'irions plus à Pékin, comme nous avons été en 1860; il y a aujourd'hui à l'embouchure de Peï-ho des canons Krupp; il y a des Chinois qui sont instruits par des hommes qui n'appartiennent pas à la race jaune, mais à des nations européennes.

Je ne veux pas en dire davantage. On n'a pas cru devoir alors fournir des explications à la Chambre...

M. Jules Ferry, président du conseil, ministre de l'instruction publique et des beaux-arts. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion: je ne puis pas vous laisser dire cela!

M. Georges Perin. Je fais allusion, monsieur le président du conseil, aux dépêches que vous avez bien voulu communiquer alors à la commission et dont vous avez autorisé certains membres à prendre connaissance, dépêches par lesquelles M. Bourée avertissait le Gouvernement que la Chine engageait Tu-Duc à faire de nouveau acte de vassalité, que Tu-Duc répondait à cette invitation et qu'il y avait là l'indice de la politique de résistance que vous avez vue se dérouler depuis cette époque.

J'avais cherché à éveiller l'attention de la Chambre et du Gouvernement sur ce point il y a deux ans, et je regrette qu'à cette époque vous n'ayez pas voulu, ni vous, ni la commission, fournir de plus amples renseignements sur ce côté de la question, paraissant croire - et la Chambre malheureusement s'est trouvée d'accord avec vous - que les craintes de difficultés avec la Chine n'étaient pas sérieuses et qu'elles devaient être absolument écartées.

Cela dit, messieurs, la Chambre comprendra qu'il m'est difficile de répondre immédiatement, et comme il mériterait qu'on le fît, au discours de M. le ministre des affaires étrangères.

Puisque je viens seulement d'avoir connaissance des termes exacts, précis, d'un traité dont les journaux avaient parlé, mais que, jusque-là, je ne connaissais pas officiellement.

M. le ministre des affaires étrangères. Je vous l'ai fait connaître le plus tôt possible.

M. Georges Perin. Permettez-moi, monsieur le ministre, de vous dire, en ouvrant une parenthèse, que je regrette que vous n'ayez pas, comme votre prédécesseur voulait le faire, publié un Livre jaune, contenant les documents relatifs à nos rapports avec la Chine au sujet du Tonkin.

M. le ministre des affaires étrangères. Cette publication eût été prématurée; elle le serait peut-être encore.

M. Georges Perin. Monsieur le ministre, votre prédécesseur avait l'intention cependant, il me l'a déclaré, de faire, avant tout débat à la tribune, cette publication qui eût facilité...

...heureusement platonique, il est vrai, d'ailleurs. Oui, la Chine a eu souvent des prétentions excessives. Non-seulement elle a prétendu exercer un droit de suzeraineté sur des nations sur lesquelles peut-être elle n'avait pas ce droit, mais elle n'a jamais admis, ni dans ses protocoles, ni dans ses pièces diplomatiques, que certaines parties de son empire qui lui avaient été enlevées et qui l'étaient bien définitivement, ne lui appartinssent plus.

Ainsi, M. le ministre des affaires étrangères le sait mieux que moi, la Chine n'a pas encore reconnu, après quatre cents ans, la prise de possession de Macao par les Portugais.

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pour but l'établissement d'un protectorat réel sur l'Annam, analogue au protectorat que nous exerçons sur le Cambodge, et qui par là même indique que jamais, en aucune circonstance, nous ne prendrions possession du pays.

...

M. Georges Per. Messieurs, je crois avoir fait saisir à la Chambre les inconvénients qui pourraient résulter de l'expédition que vous projetez et de notre établissement au Tonkin, par suite des relations difficiles qui pourraient en naître avec ce pays.

Si je n'avais eu le devoir de répondre à M. le ministre des affaires étrangères, ce n'est peut-être pas par ce côté que j'aurais abordé la question. Avant d'examiner un des dangers que fait naître la question, j'aurais montré d'abord comment elle était arrivée au point où vous la trouvez en ce moment.

Je crois que la Chambre, qui peut-être a voté, je ne dirai pas légèrement, - ce serait manquer d'égards pour mes collègues, - mais sans demander des explications suffisantes, le crédit qui il y a deux ans engageait la question et qui nous a menés au point où nous sommes aujourd'hui, je crois que la Chambre doit désirer être complètement éclairée et qu'elle voudra demander au Gouvernement les déclarations qui n'ont pas été faites en 1881.

Pour faire venir le Gouvernement à cette tribune, je vais expliquer très-nettement l'état de la question. Je vous demande la permission de le faire en très peu de mots.

Lorsqu'en juillet 1881 le Gouvernement est venu nous demander le crédit de 2,300,000 fr., il n'a pas cru devoir nous dire si ce crédit avait pour but d'exécuter le traité de 1874, purement et simplement, sans que jamais dans l'avenir on pût aller au delà, ou si, au contraire, ce n'était qu'un moyen de sortir momentanément d'une situation qui était devenue très tendue et très difficile et d'atermoyer en attendant les événements futurs.

Lorsque le Gouvernement nous a demandé ces 2 millions 300,000 fr. il nous a dit dans son exposé des motifs: Il s'agit de mesures conservatoires, nous voulons appliquer le traité dans une certaine mesure.

Et lorsque, combattant cette demande de crédits, je disais: Mais vous allez sinon immédiatement, du moins dans un terme peu éloigné, à l'occupation définitive, c'est une expédition militaire au Tonkin.

M. le rapporteur protestait, lui qui dans son rapport avait déjà dit « qu'une expédition dans le Tonkin ne pourrait en effet que compromettre le succès de la politique que nous désirons faire prévaloir, et qui a...

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DEBATS PARLÉMENTAIRES

et un peu plus loin, le rapport dit encore qu'il faut nous établir solidement au Tonkin. Je sais bien que l'honorable rapporteur ne veut pas prononcer le mot expédition; je sais que M. le ministre des affaires étrangères - et ceci avait fait naître un doute sérieux dans mon esprit - disait au Sénat, répondant à M. de Saint-Vallier:

Il n'est pas permis non plus de songer à une conquête du Tonkin, qui ne présenterait certes pas de grandes difficultés, mais serait absolument stérile.

Je suis de votre avis, ce serait une conquête stérile; c'est pourquoi je ne voudrais pas qu'on la fît; mais je crois que vous vous trompez en pensant que ce n'est pas la conquête que nous allons faire, et je pense que depuis le jour où vous parliez ainsi, votre opinion a dû se modifier.

En effet, je prie la Chambre de vouloir bien examiner de près la question, considérer ce qu'on nous demande de faire, ce qui, peut-être, est déjà fait en partie...

...

Dans ces questions néanmoins il doit avoir, de la part de tous les membres de la Chambre, une vigilance extrême, et je crois qu'il est du devoir de ceux qui pensent connaître une affaire pour l'avoir étudiée depuis longtemps, et avec le désir sincère, soyez-en sûr, monsieur le ministre, de l'envisager sous son jour vrai, il est, dis-je, de leur devoir de venir dire à leurs collègues ce qu'ils pensent et pourquoi, malgré eux, leur corps défendant, ils ont le regret, sur une question comme celle-là, de venir combattre le Gouvernement.

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