984 16 Mai [CHAMBRE]

qui existe entre l'exposé des motifs et le rapport de la commission. (Bruit.)

Plusieurs membres à droite. Les ministres ne sont pas à leur banc.

M. de La Rochette. Ce sont cependant les principaux intéressés!

M. Jollbois. On dirait que tout est convenu d'avance.

M. le président. Je les ai fait prévenir.

M. Jolibois. Mon observation ne s'adresse pas à vous, monsieur le président, car nous voyons vos efforts pour que l'orateur soit écouté.

M. de la Rochette. Le rapporteur lui-même n'est pas là; il faut demander la remise à une autre séance.

Plusieurs membres à droite. Attendons les ministres et la commission.

M. de La Billais. Les ministres n'étant pas là, il faut au moins suspendre la séance.

M. le président. La commission et les ministres intéressés dans la question, auteurs du projet de loi, n'étant pas présents, sont sans doute retenus au dehors par l'affaire elle-même.

On ne peut ni obliger l'orateur à ne pas avoir ses adversaires en face de lui, ni obliger ceux-ci à ne pas l'entendre. Nous pouvons donc suspendre la séance. (Marques d'assentiment.)

La séance va être suspendue pour quelques instants.

(La séance, suspendue à deux heures vingt minutes, est reprise à deux heures trente-cinq minutes.)

M. Jules Delafosse. Messieurs, il y a, au seuil de ce projet, un point qui me paraît être en dehors de toute contestation: c'est que le maintien du statu quo au Tonkin est impossible, c'est que le traité passé en 1874 entre l'Annam et la France est aujourd'hui lettre morte, c'est que la situation de la France au Tonkin est devenue absolument intolérable, et que, si nous ne répondons pas à la politique cauteleuse et hostile de l'Annam par une démonstration vigoureuse, par un acte de force, c'en est fait, non-seulement de notre situation au Tonkin, mais de toute l'influence française dans l'extrême Orient (Assentiment à droite.) Il y a donc nécessité, selon moi, il y a même urgence à faire quelque chose. Mais après avoir décidé qu'on fera quelque chose, il s'agit de savoir, il s'agit de définir ce que l'on fera. (Très bien ! à droite.)

DEBATS PARLEMENTAIRES

Année 1883

Quel est le caractère du protectorat? C'est, | commission qui est composée d'hommes distingués, choisis tout exprès dans les bureaux comme une élite.

M. Jules Delafosse. Je suis, quant à moi, très résolument opposé au système de l'occupation militaire.

... (text continues)

...

M. Jules Delafosse. J'estime, messieurs, que c'est une mortelle imprudence pour un pays dans la situation du nôtre de répandre ainsi ses forces militaires aux quatre vents; car en cas de conflit, non seulement nous diminuons d'autant nos ressources continentales; mais nous offrons un champ plus large aux coups de l'ennemi.

La France, messieurs, je puis bien le répéter...

Il me reste une dernière question, et c'est la plus grave, à mon avis. Je veux parler des dispositions présentes et de la conduite éventuelle de la Chine en présence de notre occupation...

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(continue)

...

M. Paul Bert. On ne dirait pas un tribun anglais !

M. Jules Delafosse. Je n'ai pas entendu l'interruption.

...

M. Léon Chevreau. Très bien ! C'est très juste.

M. Jules Delafosse. J'ajoute que ces inconvénients et ces charges sont doublés d'un danger, danger qui résulte selon moi de l'éparpillement de nos forces militaires sur tous les points du globe.

...

16 Mai (CHAMBRE) 935

ter ici puisqu'on l'a dit avec tant d'éclat devant le Sénat, la France est isolée; je ne recherche pas pour quelles causes, je ne veux pas rouvrir incidemment le débat qui vient de se produire au Luxembourg. Mais on dit que la France est isolée, et j'ai entendu M. le ministre des affaires étrangères, après avoir reconnu cet isolement, déclarer qu'il nous imposait la plus extrême vigilance.

M. le ministre des affaires étrangères a raison de penser et de parler ainsi; mais qu'il me permette de lui dire que la vigilance n'est pas la seule obligation que l'isolement nous commande; il nous impose aussi la concentration de nos forces.

...

(remainder of text continues in this format)

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