No 1889
gnols, une guerre qui, après l'occupation de la baie et des forts de Touranne, dont le séjour fut si funeste aux Européens, vint se terminer par la glorieuse bataille de Ki-hoà près Saigon et aboutit au traité de 1862. Moins de 2.000 Européens avaient culbuté 30.000 Annamites, bien armés, retranchés derrière des lignes savamment construites et défendues par plus de 500 canons.
En 1867, l'amiral de la Grandière, alors gouverneur de la Cochinchine, s'empara, sans coup férir, des trois provinces annamites de Vinh-long, Chandoc et Hatien. De là, la cour d'Hué suscitait dans nos provinces des révoltes continuelles ; elle apportait du reste au payement de l'indemnité de guerre une mauvaise volonté qui, après un grand nombre de sommations inefficaces, justifiait notre action.
Le traité de 1862 ne fut pas pour cela régulièrement dénoncé et si les rapports avec Hué restèrent fort tendus, ils ne furent cependant pas rompus. Ils restèrent tels, que c'est l'Annam qui provoqua lui-même notre intervention au Tonkin, lors des événements qui précédèrent immédiatement les traités de 1874.
Vous savez tous, Messieurs, que vers cette époque, un négociant français, qui depuis longtemps habitait la Chine, affirma le premier que, pour mettre les provinces intérieures de la Chine en communication avec la mer, le chemin le plus court était la vallée du fleuve Rouge et ce fleuve lui-même, dont il constata la navigabilité depuis Mang-flao dans le Yunan, jusque dans le golfe du Tonkin, c'est-à-dire sur un parcours d'environ quatre cents milles (186 lieues ordinaires). Vous savez que notre compatriote, appuyé par les autorités chinoises, voulut utiliser sa découverte et porter, par cette voie, des armes perfectionnées au vice-roi du Yunan, qui en avait besoin pour réduire l'insurrection musulmane, et ramener, par le même chemin, les riches minerais, qui devaient lui être donnés en échange de ses fournitures. Vous n'ignorez pas que l'Annam, qui ne reconnaissait pas alors cette suzeraineté de la Chine, sur laquelle il s'appuie aujourd'hui au mépris des traités, voulut interdire à Dupuis le passage par le Tonkin, et comment, impuissant contre l'énergique explorateur, il demanda contre lui l'aide, la protection, l'assistance du gouverneur de Cochinchine.
C'est ici que se place cette histoire incroyable de Francis Garnier, qui tient de la légende, histoire glorieuse et triste à la fois, qu'il faut bien rappeler cependant lorsqu'on s'occupe du Tonkin.
Envoyé en quelque sorte contre Dupuis, Francis Garnier comprit bien vite que le gouvernement français allait être la dupe de l'astuce des Annamites; il préféra devenir leur ennemi plutôt que leur victime. Avec moins de cent soldats ou marins français, aidé par Dupuis qui avait ses navires et 80 Chinois, Garnier s'empara, en moins d'une heure, de la citadelle d'Hanoï, défendue par 6.000 hommes et plus de 300 canons, fit l'armée ennemie prisonnière et, ce qui est plus difficile, put la garder.
On n'a pu oublier qu'après avoir pourvu à la garnison de cette immense forteresse d'Hanoi, Garnier put encore former avec sa petite troupe trois corps expéditionnaires. Ces corps ne comptaient pas plus de six ou sept hommes, mais ils avaient pour chefs, Balny d'Avricourt, Hautefeuille, de Trentinian, Harmand, et ces six ou sept hommes s'emparèrent de provinces entières, de villes considérables, de citadelles construites comme celles d'Hanoi, d'après le système Vauban, défendues par des milliers d'hommes parfaitement pourvus de vivres, de munitions, d'artillerie....
Grâce à cette poignée de héros nous tenions tout le pays, nous pouvions le garder... La mort de Garnier n'avait point abattu l'énergie de ses compagnons. Balny avait succombé avec son chef, mais le lieutenant de Garnier, Esmès, eut le temps de montrer ce dont il eût été capable et il lui restait Harmand, de Trentinian, Hautefeuille, qui occupaient les trois grands chefs-lieux des trois plus riches provinces.
C'est à ce moment, où le Tonkin enfin délivré se donnait ses libérateurs, s'organisait avec ses mandarins, ...
Page 3
245