sur nos intentions. Notre retraite en 1873, la longanimité dont nous avons fait preuve ensuite, en présence des violations du traité de 1874, ont pu être considérées comme les marques d'indécision ou de faiblesse et n'ont pas été sans nuire au renom de la France en Asie.
D'autre part, il faut considérer que les habitants laborieux et pacifiques du Tonkin sont loin de nous être hostiles. Soumis à un régime arbitraire, exposés aux incursions de bandes indisciplinées, ils voient dans notre installation permanente une garantie de justice et d'ordre. Ces dispositions n'ont pas été sans influence sur l'accueil que nos troupes ont rencontré jusqu'à présent. Mais, en même temps qu'elles sont de nature à faciliter notre action, elles nous imposent, en quelque sorte, le devoir de ne pas trahir la confiance que les populations ont mise en nous et de ne pas les livrer sans protection aux dangers auxquels les exposerait la sympathie même qu'elles nous ont témoignée.
Un nouvel abandon du Tonkin serait tenu pour une abdication dans ces régions de l'extrême orient, où notre pavillon figure avec honneur parmi ceux des principales puissances commerciales, et où l'expédition de 1860 lui a donné un prestige que nous ne devons pas laisser déchoir. Si, comme nous l'espérons, cette manière de voir est aussi la vôtre, nous établirons définitivement et sur des bases solides notre occupation, et nous aurons, outre l'accroissement légitime d'influence qui résulte d'une politique énergique et suivie, l'honneur d'ouvrir ainsi au commerce français et européen un des plus riches pays de l'Asie.
1.
Pour nous établir solidement au Tonkin, et pour affirmer aux yeux de tous notre résolution de nous y maintenir, en donnant au commerce la sécurité qui lui fait défaut aujourd'hui, et en montrant aux indigènes qu'ils peuvent mettre en nous leur confiance, il est nécessaire en ce moment de renforcer nos forces navales, et d'accroître l'effectif de nos troupes d'occupation.
Le Gouvernement estime que le but qu'il se propose sera atteint, en ce qui concerne les forces navales, par l'envoi d'un cuirassé de station, de deux canonnières sur la côte, et de quelques petits navires dans les différents bras du fleuve Rouge, l'adjonction de ces navires à nos divisions navales de Chine et de Cochinchine, permettra de parer à toutes les éventualités. Quant au corps d'occupation, son effectif devra s'élever au début à 3.000 hommes de troupes métropolitaines et à 1.000 tirailleurs annamites. Comme il compte actuellement depuis l'arrivée de la « Corrèze », 1.000 hommes et que la Cochinchine pourra fournir un complément de 500, il n'y aura lieu d'envoyer de France que 1.500 hommes.
La haute administration sera confiée à un commissaire général civil de la République, chargé d'organiser le protectorat et d'assurer la perception des sommes destinées à rembourser les frais de notre occupation. C'est qu'en effet il est nécessaire de prévoir le payement par le Tonkin, dont les ressources à cet égard sont largement suffisantes, de toutes les dépenses que nous faisons pour maintenir la tranquillité dans ce pays, le débarrasser des bandes de pillards et des flottilles de pirates qui l'oppriment et assurer le développement de ses richesses agricoles.
Ces remboursements ne pourront avoir lieu immédiatement, il conviendra plus tard d'ouvrir un budget spécial du Tonkin; mais en attendant il est nécessaire de prévoir au budget ordinaire les dépenses que nécessitera en 1883 la réalisation du programme que nous venons de vous exposer.
Ces dépenses peuvent être évaluées de la manière suivante :
Augmentation des forces navales :
1 cuirassé de station. canonnières. 2 torpilleurs. mement pendant huit mois.
1 canonnière. 4 chaloupes
4 chaloupes à vapeur.- Ar-
1 transport. - Armement
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N° 1853
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