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ne sont reconnues nulle part; mais on pourra retrouver toute la série en profondeur, rien ne venant prouver jusqu'à ce jour qu'elle n'est pas complète sur la concession de Marles.

Maisons d'ouvriers, La compagnie des mines de Marles occupe actuellement 1,280 personnes au fond et 430 au jour, tant ouvriers qu'employés. Elle possède 315 maisons, habitées par 875 ouvriers de toutes catégories, c'est-à-dire plus de la moitié du personnel employé. Pour recruter le nouveau personnel qui lui sera nécessaire lorsque les trois sièges complets seront en pleine activité, la compagnie devra encore construire d'ici à trois ans 400 à 480 maisons, soit un total de 915 à 963. L'établissement des nouveaux sièges d'extraction prévus ne fera qu'augmenter ce nombre. Comme toutes les compagnies des mines du Pas-de-Calais, celle de Marles a fondé une caisse de secours et installé des écoles à Marles et à Auchel pour l'instruction de sa population ouvrière.

Chemins de fer. La compagnie de Marles possède 14,500 environ de voies ferrées, reliant ses différents sièges d'extraction et l'ancienne fosse de Marles avec la gare de Chocques, située sur la ligne des houillères, et la gare de Lapugnoy, sur la ligne de Béthune à Saint-Pol. Cette dernière ligne, récemment mise en activité, traverse toute la région sud-est de la concession, dans laquelle la compagnie doit établir plus tard un ou deux puits, en se rapprochant des confins de la concession de Bruay. Le nouvel embranchement du n° 5 est fait en rails d'acier Bessemer; on en fera la substitution peu à peu sur le restant de l'ancienne ligne. La majeure partie des charbons de Marles s'expédie par chemin de fer. On en débite 230 à 300,000 hectolitres sur les carreaux des fosses et au dépôt de Chocques. Jusqu'à présent, les expéditions par bateau ont été très-peu importantes au petit rivage que la compagnie possède à Béthune et où les transports doivent encore se faire par voiture. Cette question de rivage n'a pas encore reçu de solution définitive, et la compagnie espère même par l'établissement de son port sec au n° 3 d'Auchel, et avec les débouchés que lui créent les voies ferrées nouvelles, n'avoir pas besoin de faire les frais d'une telle installation toujours très-coûteuse, ou de n'y recourir qu'à une époque encore assez éloignée.

F. LAUR, Ingénieur civil des mines.

L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN ALSACE-LORRAINE (1).

L'UNIVERSITÉ DE STRASBOURG,

Si nous avons à nous plaindre beaucoup de la situation actuelle de l'enseignement primaire et secondaire, l'organisation de l'enseignement supérieur en Alsace-Lorraine est maintenant plus complète et constituée sur une base plus large que jamais. Si le gouvernement nous laissait la liberté pour les écoles privées, au lieu de s'abandonner à l'idée malheureuse de couler dans un même moule toutes les têtes de la jeunesse alsacienne, nous n'aurions que des éloges pour ses énergiques efforts en faveur du développement de l'instruction. A l'Université cependant, la liberté d'enseignement subsiste dans son acception la plus large, avec la libre concurrence comme corollaire et comme stimulant. Dotée largement, servie par des maîtres distingués, cette institution réunit les conditions pour favoriser les progrès de la science et sa diffusion rapide. Toutes les branches des connaissances humaines sont représentées dans son programme. Certaines branches comptent même plusieurs chaires, de manière à entretenir une émulation féconde entre les maîtres, émulation excitée par la concurrence des professeurs libres. Tout jeune homme peut ouvrir un cours à côté des professeurs en titre, certain de trouver parmi les élèves de l'Université un auditoire nombreux, s'il manifeste une supériorité réelle soit par l'importance de ses découvertes, soit par le talent de son exposition.

Ainsi, les talents les plus précoces peuvent se produire ou se manifester à l'avantage de la science, comme dans l'intérêt de l'enseignement, grâce à un afflux incessant de forces nouvelles. Nous avons trop souvent critiqué les actes de l'administration allemande pour ne pas rendre justice à ses innovations utiles et vraiment fécondes. Peut-être tout le monde n'acceptera pas sans réserve l'éloge de la nouvelle institution fondée dans le but avoué de germaniser le pays. Par le rétablissement de l'Université de Strasbourg, le gouvernement a voulu « consacrer la réunion de l'Alsace-Lorraine à l'Empire allemand, afin que l'esprit du peuple alsacien fécondé à nouveau reconnaisse son retour à l'ancienne patrie. » Dans l'esprit de ses promoteurs, l'Université forme « le lien qui unira le pays nouveau à l'Empire allemand. » L'unité nationale allemande a trouvé dans ces universités une première réalisation. C'est au sein des universités que se répand par toute l'Allemagne cet énergique sentiment d'unité nationale qui, malgré d'anciennes et profondes divisions, finit par enflammer la population de tous ses États et lui donne sa puissance actuelle. Mais les cœurs ne cèdent pas à la violence et ne se laissent pas prendre d'assaut par force comme une citadelle. La persuasion seule gagne les cœurs. Notre jeunesse, retenue par des sympathies qui survivent à la conquête matérielle, résiste encore à l'esprit allemand et évite les écoles chargées de lui inculquer cet esprit. Cette réserve et ces sympathies, nous les comprenons, sans méconnaître pour cela la valeur de la jeune université élevée au milieu de nous, ni sa force incontestable, ni ses promesses pour la science, ni sa supériorité sur les institutions qu'elle remplace, ni son organisation large et libérale, digne de servir d'exemple dans le mouvement engagé pour la rénovation de l'enseignement supérieur en France, sous le régime de la liberté nouvellement acquise sous les incitations de la libre concurrence. Sans contredit, l'Université de Strasbourg occupera désormais un rang distingué parmi ses rivales d'Allemagne.

On loue beaucoup les Universités allemandes. Elles le méritent. En affirmant leur supériorité manifeste sur la plupart des institutions similaires de France, nous ne sommes pas seuls de notre avis. Un de nos concitoyens les plus distingués, dont nul ne contestera ni la compétence, ni les vues libérales, ni l'ardent patriotisme, M. Charles Schutzenberger, soutenait la même thèse dans un livre (1) écrit, à la veille de la guerre et de l'annexion, en faveur de la réforme de l'enseignement supérieur. « Pas un de nos étudiants, écrivait alors le savant professeur de la Faculté de médecine de Strasbourg, pas un de nos étudiants revenant d'une tournée dans les Universités d'outre-Rhin, qui ne signale avec un sentiment d'amour-propre national froissé l'infériorité relative de nos institutions. » Elles « souffrent du manque absolu d'initiative et d'autonomie, qui entrave leur propre mouvement; leur situation est inférieure à celle des écoles allemandes..... Le personnel des facultés ne compose qu'un agrégat de fonctionnaires. Chaque professeur a sa tâche réglementaire tracée par le programme général de son cours. Ce cours fait avec l'ordre et la régularité voulue, il marge les appointements qui lui sont assignés, il n'a pas à s'immiscer dans l'administration. » Et ailleurs: « La science acquise et traditionnelle et les branches les plus essentielles de l'enseignement se trouvent représentées par le corps des professeurs titulaires. Ceux-ci touchent un traitement fixe, aujourd'hui inférieur aux besoins les plus impérieux de la vie de famille..... L'enseignement pratique qui conduit à l'initiation des méthodes d'investigation et des recherches scientifiques n'existe pas. On apprend la botanique dans les livres, la chimie et la physique dans les cours théoriques, appuyés de quelques expériences faites par le professeur assisté de ses aides, la physiologie dans des leçons orales dépourvues d'expérimentation..... A toutes ces écoles, l'absolutisme de l'administration imprime un cachet d'infériorité légale et positive, tout en les décorant par ses propres règlements du titre d'institution du haut enseignement. »

Telle était la situation de l'enseignement supérieur dans notre pays quand retentit ce cri d'alarme. Sous l'effet de la libre concurrence, l'enseignement secondaire florissait et répondait aux besoins de l'époque; mais le monopole exclusif du haut enseignement aux mains de l'État laissait en arrière les diverses Facultés de province. Ces établissements, parce qu'ils ne progressaient plus, allaient à la décadence ou revenaient en arrière, comme le nocher dont parle le poète latin.

Non aliter quam qui adverso vix flumine lembum Remigiis subigit, si brachia forte remisit Atque illum in preceps prono rapit alveus amni.

La liberté d'enseignement et la libre concurrence réalisées dans toutes et entre toutes les Universités allemandes manquaient aux écoles supérieures de la France. Sous le régime du monopole, la vie s'était affaiblie dans nos centres d'instruction. Sous le stimulant de la concurrence et de la liberté, les écoles des pays voisins faisaient chaque jour de nouveaux progrès. Ce n'était pas que les ressources nous manquassent pour aller de l'avant. Nous manquions seulement du moyen de mettre ces ressources en valeur. Or, le moyen, pour l'avons dit, et nous le répétons, c'était, ce sera toujours la liberté.

La liberté jouit d'un merveilleux pouvoir. Dans le domaine de l'instruction, elle suscite d'abord l'émulation, principe du progrès. Avec l'émulation une fois excitée, viennent ensuite comme conséquence nécessaire ses moyens d'entretien de nature diverse. Partout s'établit la concurrence, concurrence entre les écoles rivales, concurrence au sein même de chaque école. Chaque école peut affirmer son succès par le renom de ses maîtres et le nombre de ses élèves.

Pour gagner ou pour retenir son auditoire, chaque professeur doit entourer son enseignement de plus d'éclat. La libre concurrence entre les écoles rivales engage chacune à multiplier les chaires, afin d'embrasser tout le cadre du savoir humain, tandis qu'à l'intérieur de chaque école, elle autorise, pour toutes les branches de l'enseignement, l'ouverture de cours libres et privés à côté du cours officiel des professeurs en titre. Les élèves choisissent leurs maîtres librement pour chaque branche du programme d'études, de même qu'ils sont libres d'entrer à l'école de leur choix. De là, comme conséquence, dérive la nécessité pour les professeurs d'améliorer sans cesse leur enseignement par de constants efforts, pour les écoles d'améliorer la position des professeurs de manière à accroître leur renom. Le secret du succès des Universités allemandes réside dans ces deux moyens. Ce n'est pas tout. Au lieu d'être soumises à une administration commune, les Universités de l'Allemagne se gouvernent elles-mêmes par des professeurs librement élus avec une grande liberté d'action et d'initiative, tout en recevant de l'État de larges subventions.

Constituée sur le plan des autres Universités allemandes, la nouvelle Université de Strasbourg présente maintenant une organisation bien différente de celle de l'ancienne académie. Son personnel enseignant comprend trois sortes de professeurs: les professeurs ordinaires nommés par l'empereur, les professeurs extraordinaires nommés par le chancelier, les professeurs libres autorisés à faire des cours réguliers et publics par la Faculté. Les professeurs ordinaires représentent le personnel permanent et l'élément stable de l'institution. Leur nombre limité se trouve en rapport avec les chaires destinées aux branches les plus essentielles de l'enseignement d'une Faculté. Nommés à vie, comme dans les Facultés de France, ils jouissent de certaines prérogatives et touchent seuls un traitement fixe qui, d'ailleurs, ne forme qu'une partie de leurs honoraires. Les professeurs extraordinaires, mais surtout les, ou Privatdocenten, sont des cours accessoires rétribués, comme ceux des professeurs ordinaires, par les élèves. Les uns et les autres disposent également des éléments matériels nécessaires pour l'enseignement, et que l'Université met libéralement à leur service.

Il en résulte une lutte d'émulation permanente du maître en titre avec des forces plus jeunes. Sous peine de déchoir, la vieille réputation du professeur en titre doit grandir incessamment, car il n'a pas le monopole de l'enseignement de la branche scientifique représentée par sa chaire. A côté de lui, dans le sein de la Faculté même qu'il représente, deux ou trois professeurs ordinaires ou libres peuvent enseigner la même matière.

Les élèves astreints à suivre un certain nombre de cours réglementaires suivent le maître qui leur convient le mieux pour les diriger dans leurs études. Pour être admis aux examens académiques, comme pour les examens d'État, il faut au candidat des certificats de présence aux cours réglementaires, certificat d'une scolarité régulièrement accomplie, sans que le certificat du professeur ordinaire donne plus de droit que celui du professeur extraordinaire ou du professeur libre; même les diplômes et les titres de toutes les Universités de l'Allemagne ont une égale valeur dans tous les États particuliers. Élèves et professeurs, qu'ils soient Badois, Prussiens ou Bavarois, passent indistinctement d'une Université à l'autre pour y étudier ou y enseigner. La science allemande trouve dans son organisation universitaire, fondée sur l'autonomie et la libre concurrence, un instrument de progrès sans lequel elle n'aurait jamais atteint sa hauteur actuelle.

Si vous jetez un coup d'œil sur le vaste programme des matières enseignées dans les Universités allemandes, vous serez frappé d'étonnement. Sauf dans les écoles de Paris, qui comptent encore parmi les premières du monde, la plupart des Facultés des sciences et des lettres en France ne comptent que cinq professeurs; il y en a cent trente-cinq à l'Université de Berlin, soixante-dix à l'Université de Koenigsberg, contre trois cent quarante-huit dans toutes les Facultés des quinze divisions académiques de la France en 1870. La Faculté des sciences et la Faculté des lettres de Strasbourg, plus favorisées que d'autres, avaient alors treize professeurs, contre trente-six à la Faculté de philosophie et des sciences de l'Université actuelle. L'Université actuelle compte un total de quatre-vingts professeurs, répartis entre les cinq Facultés de théologie, de droit, de médecine, de philosophie, des sciences naturelles et mathématiques.

Chaque faculté, composée de l'ensemble des professeurs ordinaires, élit son doyen; les facultés réunies nomment ensemble un recteur de l'Université et se prononcent sur les changements à introduire aux statuts. Les fonctions du recteur et du doyen durent une année. A côté du recteur, il y a encore le sénat et la chambre disciplinaire. Le sénat surveille avec le recteur la marche de l'institution; il comprend, outre les doyens de chaque faculté, un délégué choisi parmi les professeurs de la faculté. La chambre disciplinaire, composée du recteur, du pro-recteur et d'un syndic pris dans la faculté de droit, règle les questions de police intérieure. Une commission administrative spéciale gère les biens de l'Université, sous réserve de faire connaître des résultats de sa gérance à la cour des comptes de l'empire. En ce qui concerne les études, les professeurs ordinaires et extraordinaires de chaque faculté doivent passer en revue, dans le délai de trois semestres, toutes les branches essentielles de l'enseignement. Tous les professeurs en titre des facultés ont à soumettre au doyen le programme de leur cours, la faculté dans son ensemble devant se prononcer sur les compléments à ajouter ou les modifications à faire au plan des lectures.

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Avant les réformes que la France est en voie d'introduire dans l'organisation du haut enseignement, la caisse de l'État ne dépensait rien pour cette branche de l'instruction publique, et en tirait au contraire un revenu au détriment de ses intérêts réels. Le gouvernement tente maintenant de grands efforts en vue d'améliorer cette situation, et il n'est que temps, car de mauvais calculs et un esprit étroit ont pu seuls inspirer la pensée d'une économie faite aussi mal à propos. Partout où une économie est réalisable dans l'administration des services publics, nous la recommandons avec instance. Dans les conditions présentes, l'intérêt du pays commande de faire plus large la part de l'instruction. Réduire le budget de l'enseignement serait une faute politique des plus graves, et pour qui se rend un compte exact des choses, les nations qui dépensent le plus au profit de l'instruction sont devenues les nations les plus avancées. Voyez l'exemple de la Prusse. Cette année-même, ce pays consacre à l'entretien de ses neuf universités 6,577,397 marks, ou 8,228,746 francs, dont 4,820,841 marks, ou 6,026,080 francs fournis par la caisse de l'État. En France, le budget de 1870 attribuait au service des facultés une somme totale de 4,215,521 fr. seulement. Pour l'Alsace-Lorraine, le crédit mis à la disposition de l'Université de Strasbourg, en 1876, s'élève à 894,699 marks ou 1,118,302 francs. Eu égard à la population, la dépense respective par tête d'habitant est de 0 fr. 70 c. en Alsace-Lorraine, 0 fr. 12 c. en France, 0 fr. 33 c. en Prusse.

Sur le total de 894,690 marks pour l'Université de Strasbourg, il y en a 872,740 de dépenses ordinaires, et 21,930 de dépenses extraordinaires: celles-ci attribuées à l'installation des laboratoires et des instituts. La caisse de l'empire contribue aux dépenses pour une somme de 400,000 marks en 1876, somme à laquelle il faut ajouter 47,737 marks de recettes ordinaires, non compris la rétribution des cours payés aux professeurs par les élèves. Les recettes ordinaires comprennent 22,425 marks provenant de fondations, 15,480 marks provenant de droits d'immatriculation et d'examen, 6,83 marks provenant d'indemnités diverses et d'abonnements à la salle de lecture de l'Université, 2,100 marks pour supplément au traitement du professeur chargé du levé géologique du pays, et 600 marks pour supplément au questeur et au caissier pour le service de la bibliothèque.

En Prusse, le produit des fondations, en 1876, donne une recette de 843,319 marks pour l'ensemble des neuf universités, dont 414,596 pour la seule Université de Greifswald, et 63,883 à l'Université de Koenigsberg, pour stipendes à quatre-vingt-sept étudiants pauvres. A Strasbourg, les stipendes coûtent par année 19,425 marks, mis à la disposition du sénat chargé de les répartir suivant les demandes que chaque étudiant de l'Université a droit de lui soumettre. La rétribution régulière des professeurs s'élève chez nous à 512,600 marks pour cinquante-six professeurs ordinaires, dix-neuf professeurs extraordinaires...

SAMEDI 2 DÉCEMBRE 1876.

L'ÉCONOMISTE FRANÇAIS,

...suite de l'article précédent.

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