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L'ÉCONOMISTE FRANÇAIS
les drapeaux, pourraient continuer à exécuter les objets nécessaires à l'approvisionnement de l'armée, pin, dis-je, a déclaré net que l'on veut conserver la double permanence du travail en régie et au travail à entreprise. Pourquoi? C'est ce qu'il n'a pas jugé nécessaire d'expliquer. Quant à l'organisation même du travail pénitentiaire, c'est là un autre côté de la question, que la Chambre n'a pas abordé et que je m'abstiens de discuter pour le moment. Je me borne, en terminant, à mentionner l'idée mise en avant par M. Martin Nadaud, qui ne voit pas pourquoi on ne ferait pas pénétrer dans les prisons le système de la participation. Cette idée n'est peut-être pas, à l'examiner de près, aussi impraticable qu'elle semble au premier abord, et il se pourrait bien qu'on y eût songé déjà, en appelant la chose d'un autre nom. Il est certain que des primes accordées, suivant une règle déterminée, aux travailleurs les plus laborieux et les plus habiles, pourraient produire, au point de vue de leur moralisation et de leur instruction professionnelle, de bons résultats; et si c'est là ce que M. Nadaud entend par le mot « participation », va pour la participation.
ARTHUR MANGIN.
LE BASSIN HOUILLER DU NORD ET DU PAS-DE-CALAIS.
V. (1).
LA COMPAGNIE DES MINES DE BRUAY. LA CONCESSION DE MARLES.
Situation topographique. — La concession des mines de Bruay est située dans le bassin du Pas-de-Calais. Son étendue est d'un peu plus de 38 kilomètres carrés (5 kil. 800 mètres de longueur sur 6 kil. 800 de largeur). Elle est limitée au nord par des terrains qui la séparent de celle d'Annezin; au sud, par le village d'Houdain; à l'est, par la concession de Noeux, et à l'ouest par la concession de Marles. Elle prend son nom du village de Bruay, situé dans la vallée de la Lawe; la population de ce village s'élevait à peine, lors des premiers travaux, à 700 habitants; aujourd'hui elle est de 4,000 âmes. La concession de Bruay s'étend sur douze communes, toutes situées dans l'arrondissement de Béthune. Elle est traversée par la rivière la Lawe, qui va se jeter dans le canal d'Aire à la Bassée. Elle est, en outre, reliée à la gare de Fouquereuil, station du chemin de fer du Nord, et au canal d'Aire à la Bassée, par un chemin de fer industriel qui a été concédé à la Compagnie de Bruay et construit par elle.
Historique. Une société de recherches pour la découverte de la houille, créée à la date du 1er septembre 1851, et dans laquelle on voit figurer M. Lecomte, député des Côtes-du-Nord, entreprit divers sondages dans la concession actuelle de Bruay. Ses premiers travaux consistèrent en divers sondages qui furent exécutés dans l'ordre suivant :
Le 1er sur Bruay, le 2 décembre 1851;
Le 2 sur Lapugnoy, le 20 décembre 1851;
Le 4 sur Divion, le 17 mai 1852;
Le 3 sur Labuissière, le 23 mars 1852;
Le 5e sur Bruay, le 17 août 1852;
Le 6 sur Bruay, le 27 septembre 1852;
Le 7° sur Choques, le 12 mai 1853;
Le 8 sur Fouquereuil, le 29 décembre 1854.
Cette société de recherche, après avoir constaté l'existence de la houille, demanda au gouvernement une concession sur les territoires que nous venons d'énumérer, et en même temps rédigea, devant notaire, les 14, 17 et 24 mai 1852, les statuts qui devaient régir la société définitive pour l'exploitation de cette concession. Ces statuts régissent encore la société actuelle. La concession définitive qui vise les statuts de la société Lecomte fut obtenue le 29 décembre 1855. La société Lecomte, aujourd'hui société des mines de Bruay, fut constituée au capital de 3 millions de francs avec 3,000 actions; mais, plus tard, les actions de 1,000 francs furent libérées à 400 francs, et le capital réellement versé par les actionnaires ne s'est élevé qu'à 1,040,000 francs. La société est gérée par un conseil d'administration composé de cinq membres nommés à vie. Elle possède actuellement quatre puits, tant en exploitation qu'en construction (le puits n° 2 est momentanément abandonné). Le puits n° 1 fut commencé le 27 décembre 1852; le puits n°2 fut commencé le 27 août 1858; le puits n° 3 fut commencé le 27 octobre 1860; le puits n°4, actuellement en enfoncement, fut commencé le 29 juin 1874. La formation de la houille ressemble à celle...
(1) Voir l'Économiste Français du 7 octobre 1876.
SAMEDI 2 DÉCEMBRE 1876.
SAMEDI 2 DÉCEMBRE 1876.
...des concessions voisines; elle est recouverte par des morts-terrains appartenant à l'époque tertiaire et mesurant une épaisseur de 100 à 150 mètres. Ces terrains renferment une grande quantité d'eau.
Production. Nous ne parlerons ici que de la production constatée pendant les cinq dernières années, de 1871 à 1875. Nous laisserons de côté l'extraction de la fosse n° 2, qui a été suspendue en 1868. Ce puits n'a jamais produit que 344,201 hectolitres pendant la durée de sa mise en activité. La compagnie n'a pas perdu l'espoir de reprendre plus tard son extraction; elle attend que les veines qu'il renferme en profondeur soient éclairées par les travaux des fosses n° 4 et n° 3, afin de juger si la nature des terrains et de la houille, ainsi que la puissance des veines, méritent qu'on entreprenne son approfondissement.
La production des puits n° 1 et n° 3 dans les cinq dernières années a été :
Année Fosse n° 1 Fosse n° 3 Total 1871 1.282.528 hectol. 339.492 hectol. 1.630.420 hectol. 1872 1.632.808 575.872 1873 1.795.164 792.276 1874 1.765.468 807.926 1.131.798 1875Les veines reconnues à la fosse n° 1 sont au nombre de dix; elles représentent une épaisseur de houille de 9m,20. Les veines de la fosse n° 3, qui sont supérieures à celles de la fosse n° 1, sont au nombre de 9 jusqu'à la profondeur de 302 mètres; elles représentent une épaisseur de houille de 11,66.
En résumé, la Compagnie de Bruay, à la profondeur d'environ 300 mètres, possède, à la date du 30 juin 1875, 21 couches exploitables, représentant un massif de houille de 21 mètres d'épaisseur, et reconnues sur une largeur de 850 mètres. Il reste encore à explorer, tant au nord qu'au sud, une largeur de 5,500 mètres, où probablement on rencontrera des houilles grasses et demi-grasses. La fosse n° 2, qui a atteint une profondeur de 270 mètres, a recoupé trois couches de houille :
La 1re a une puissance de... 0,50
La 2e ... 1,20
La 3e ... 0,50
Moyens de transport. - La Compagnie des mines de Bruay est située à environ 7 kilomètres du chemin de fer du Nord, sur la ligne des houillères, à laquelle elle se relie à la station de Fouquereuil: elle est distante d'environ 9 kilomètres du canal d'Aire à la Bassée. La situation topographique des mines de Bruay, éloignées du chemin de fer du Nord de 7 kilomètres et du canal de 9 kilomètres, aurait complètement empêché son développement si la Compagnie n'avait pas fait les dépenses nécessaires pour se relier tant au chemin de fer du Nord qu'au canal. Un décret, en date du 13 juillet 1868, accorda la concession d'un chemin de fer de 7 kilomètres à la Compagnie de Bruay, pour se relier à la Compagnie du chemin de fer du Nord à Fouquereuil. Un décret, en date du 13 octobre 1867, raccorde la fosse n° 3 au chemin principal des mines de Bruay; ce qui permet de transporter les produits de cette fosse à Fouquereuil. Enfin, un décret en date du 7 mai 1872 relie le chemin de fer des mines de Bruay au canal d'Aire à la Bassée. Cet embranchement permet à la Compagnie de Bruay d'expédier ses produits par les canaux. En 1871, la compagnie a fait creuser, sur le territoire de la ville de Béthune, un bassin pour l'embarquement de ses charbons. Ce bassin, qui communique directement au canal d'Aire à la Bassée, est destiné plus tard à être agrandi. Il a été creusé dans un terrain de 20 hectares environ, dont la Compagnie de Bruay est propriétaire. Ce travail a été fait sous la direction de M. Bertin, ingénieur en chef de la navigation, et de M. Vainet, ingénieur en chef des ponts et chaussées. Les divers chemins de fer appartenant à la Compagnie de Bruay ont une longueur de 14 kilomètres environ et mettent la Compagnie, auparavant déshéritée de moyens de transport, dans une, situation exceptionnelle.
Renseignements statistiques et financiers. - La mise en valeur de la concession de Bruay a nécessité des capitaux considérables. A la date du 30 juin 1875, l'installation des quatre puits, les terrains, les maisons, les écoles, les ateliers, l'outillage, les chemins de fer, le bassin, y compris le fonds de roulement à cette date, etc., n'ont pas demandé moins de... Fr. 13,637,521 52
Voici les ressources avec lesquelles ont été faits ces travaux :
A reporter... Fr. 13,657,321 32
Report...... Fr. 13,657,321 32
Les actionnaires n'ont versé qu'un capital de... Fr. 1,040,000 00
Mais la société de Bruay a emprunté, sous forme d'obligations ou d'annuités... Fr. 2,031,466 43
Au 30 juin 1875, il avait été remboursé 1,086,723 fr. 39 sur ces emprunts. En outre, elle a prélevé sur les bénéfices, amortissements non déduits... Fr. 10,586,035 39
Total..... Fr. 13,657,321 32
Les amortissements faits par la société de Bruay, depuis son origine jusqu'au 30 juin 1875, s'élèvent à... Fr. 1,687,621 52
Malgré ses consolidations de bénéfices, malgré le remboursement de plus de moitié de la dette, les actionnaires ont reçu en dividende depuis l'origine de la société jusqu'à ce jour... Fr. 2,878,803 87
c'est-à-dire plus de quatre fois le capital social. Telles sont les ressources au moyen desquelles la Compagnie de Bruay, qui date à peine de vingt ans, a pu faire ces grandes dépenses dont quelques-unes ne seront productives, comme on vient de le voir, que dans quelques années.
Institutions philanthropiques. Comme les autres compagnies houillères du bassin du Pas-de-Calais, la compagnie de Bruay a bâti pour le logement de ses ouvriers et de son personnel des maisons saines et confortables. Elle en possède 350 qui sont louées moyennant un loyer qui couvre à peine les réparations d'entretien.
La compagnie a bâti une salle d'asile et des écoles pour les enfants de ses ouvriers, où il a été installé des caisses d'épargne scolaires depuis deux ans. Ces écoles sont fréquentées par 1,100 élèves, en y comprenant ceux qui suivent les cours d'adultes, et les jeunes filles qui vont à l'ouvroir pour la couture. Cet ouvroir est destiné à recevoir les jeunes filles qui ont reçu les notions de l'instruction primaire. Les diverses constructions, écoles et maisons, ont coûté, à la date du 30 juin 1878, une somme de 1,199,441 fr. 53 c. Les ouvriers reçoivent, en outre, le charbon destiné à leur chauffage. Dans le but de faire baisser le prix des objets nécessaires à la consommation de ses ouvriers, la Compagnie de Bruay a favorisé la création d'une société coopérative. Les résultats ont dépassé ses espérances; les prix de la viande, des denrées, ont été maintenus dans des limites très-raisonnables; les membres de la société, tout en recevant 3 % de leur capital, ont pu constituer des réserves importantes qui atteignent à ce jour près de trois fois le capital; en outre, depuis plusieurs exercices, les sociétaires se partagent, chaque année, au prorata de leur consommation, un dividende égal au capital social. Cette société coopérative à laquelle la compagnie attache la plus grande importance, est sous le contrôle de M. Dincq, un des administrateurs de la compagnie. Dans son personnel, la compagnie de Bruay a recruté les éléments d'une excellente fanfare, à laquelle elle accorde des subventions. La compagnie de Bruay a créé une caisse de secours qui est exclusivement à sa charge. Elle ne fait pour cette caisse aucune retenue sur le salaire des ouvriers. Cette caisse, indépendamment des dépenses de l'instruction primaire, auxquelles elle pourvoit dans le sens le plus libéral, paie les dépenses afférentes: 1° au service de santé (soins du médecin et médicaments), 2° aux secours pécuniaires et en nature aux ouvriers malades ou blessés, 3° au service religieux; 4° aux pensions allouées aux anciens ouvriers, à leurs veuves et aux orphelins. La compagnie des mines de Bruay a appelé l'attention du congrès sur: 1° la machine d'extraction de la fosse n° 1 et la batterie de générateurs qui ont été installées en remplacement de l'ancienne machine et des anciens générateurs sans arrêter la marche de l'extraction; 2° les travaux de la fosse n° 3; 3° les travaux de la fosse n° 4; 4° son chemin de fer et sa gare d'eau établie à Béthune pour l'embarquement de ses charbons et la réception des bois.
CONCESSION DE MARLES.
Historique. — La concession des mines de Marles, définitivement instituée par décret du 29 décembre 1853, en même temps que celles de Bruay et de Ferlay, occupe une superficie de 9 kilomètres carrés 90 hectares, répartis sur les territoires des communes de Marles, Calonne-Ricouart, Cauchy-à-la-Tour, Auchel, Lillers, Burbure, Allouagne et Lapugnoy. Un premier puits fut commencé en 1853 près de Marles, mais il s'écroula, pendant le fonçage, à la profondeur de 36 mètres, et on dut en recommencer un autre en 1854 (n° 2) à 30 mètres du premier. La nature excessivement douce des terrains et l'affluence considérable des eaux créèrent les plus grandes difficultés pour le passage du niveau; mais elles furent heureusement surmontées, et en 1858 on commençait à extraire. La fosse n° 2 était en pleine production depuis 8 ans, lorsque survint la catastrophe de 1866, que n'ont pas encore oubliée ceux qui s'intéressent aux questions de mines. Un fort mouvement se déclara dans le cuvelage à la profondeur de 56 mètres: quelques pièces s'étant détachées laissèrent échapper d'énormes filets d'eau, entraînant le terrain complètement désagrégé, et, malgré les mesures prises, le puits s'écroula dans la nuit du 2 mai, engloutissant le châssis à molettes, la machine d'épuisement, une partie des bâtiments de la machine d'extraction et des chaudières, et condamnant pour longtemps toute la partie de la concession exploitée par ce puits. Malgré cette catastrophe, la production poursuivit son développement normal, grâce à la forte impulsion donnée aux travaux du puits n° 3 Saint-Firmin, commencé en 1863 sur le territoire d'Auchel, et qui se trouvait prêt à être mis en exploitation au moment de l'accident; tous les ouvriers du n° 2 furent reportés au n° 3 et, sur la fin de 1866, on atteignait une production journalière moyenne de 4,500 hectolitres, beaucoup plus forte que celle de la fosse de Marles. Aussi l'extraction, qui était en 1863 de 62,487 tonnes, arrive à 84,469 en 1866 et s'élève à 99,619 tonnes en 1867 et 119,815 en 1868. En juin 1867 on commença les travaux de la fosse n° 4 (Saint-Emile) sur le territoire d'Auchel, dans la partie confinant aux champs d'exploitation du n° 2 des mines de Ferlay. Ce puits, mis en production en 1870, donna 32,000 tonnes en 1871 et 80,000 en 1872. La production des deux puits fut de 222,229 tonnes en 1872 et de 231,243 en 1873. Les débuts du n° 4 furent assez difficiles à cause de la nature accidentée du gîte; mais, grâce au grand développement donné aux travaux de recherche, l'avenir de ce puits est assuré et il est en mesure de fournir quotidiennement 5 à 6,000 hectolitres. En juin 1872, on commence les travaux d'un nouveau siège double, le n° 5, situé encore sur le territoire d'Auchel, à 1,100 mètres au midi du n° 3.
Les travaux d'installation du premier puits sont à peu près terminés, et on compte pouvoir le mettre en extraction sur la fin de l'année. Le second puits arrive sur le terrain houiller.
Voici un tableau de la production annuelle de chacune des fosses de la concession de Marles, à partir de 1858 :
Années N° 2 Marles N° 3 Saint-Firmin N° 4 Saint-Emile Production totale 1858 31,730 31,730 1859 51,428 51,428 1860 56,333 56,333 1861 67,037 67,037 1862 64,074 64,074 1863 71,225 71,225 1864 41,568 62,487 1865 84,469 84,469 1866 99,619 99,619 1867 119,815 119,815 1868 119,833 1869 194,113 1870 125,198 74,400 130,596 1871 153,433 32,000 421,423 1872 144,303 80,754 222,230 1873 183,043 83,199 231,242 1874 144,967 67,313 212,285 1875 139,904 21,608 231,590Gisement. Les travaux de reconnaissance et d'exploitation des fosses n° 2, 3, 4 et 5 ont permis d'établir rigoureusement l'ordre de superposition des couches reconnues, qui sont au nombre de 29 plus ou moins exploitables. La formation tout à fait supérieure reste encore à explorer; les travaux des puits n° 3 et 5 la feront reconnaître d'ici à quelques années. D'un autre côté, les couches inférieures du faisceau exploité sont identifiées avec les veines du n° 1 de la compagnie de Ferlay, qui sera bientôt en mesure de compléter ses études stratigraphiques sur ses couches du n° 2 et du n° 3, intérieures encore à celles du n° 1. Les houilles grasses, à coke, demi-grasses, ...
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