327
720
L'ÉCONOMISTE FRANÇAIS.
qui était de 140 millions en 1839, n'est plus que de 25 en 1861. C'est là le motif de la dépression éprouvée par le marché parisien; une des conséquences de la guerre de sécession et de la fermeture du marché américain qui pèse encore sur la situation actuelle. Tels sont les enseignements que nous fournissent les registres douaniers parisiens en ce qui concerne le passage du régime de la protection à la liberté. Nous allons leur demander d'autres enseignements au point de vue des conséquences des années 1870 et 1871. Les calculs, comme précédemment, sont en millions.
Importation. Exportation.
1869. 200 978
1870. 440 166
1871. 116 108
1872. 238 208
1873. 240 305
1874. 268 379
1875. 312 506
L'année 1869 avait été excessivement prospère au point de vue de l'importation; elle avait dépassé l'année précédente, qui n'avait atteint que 184 millions. On voit qu'en 1870 et 1871, la chute a été surtout profonde pour le commerce d'exportation, qui dans la seconde de ces années a diminué de plus de 30%. En effet, le travail a été suspendu pendant neuf mois consécutifs; l'importation était moins grièvement atteinte, par le fait d'un mouvement nécessaire en ce qui concernait l'alimentation et les armes. Le relèvement, du reste, a été prompt, car le chiffre total d'importation et d'exportation, qui n'était que de 478 millions en 1869, est arrivé à 533 en 1872. Depuis, il a dépassé 800 millions, ainsi qu'on l'a déjà dit.
Peut-être, en ces temps d'oscillations de la valeur des métaux, n'est-il pas sans importance de donner les chiffres de l'entrée et de la sortie des valeurs métalliques à la douane de Paris. Voici les totaux or et argent confondus; les calculs sont en millions.
Importation. Exportation.
1869. 67 17
1870. 47 12
1871. 32 74
1872. 143 61
1873. 450 40
1874. 191 8
1875. 191 8 (1)
Ces chiffres, plus encore que les précédents, reflètent les destinées agitées de la grande ville, aussi bien que celles de la France. L'importation des métaux diminue par suite des troubles. Paris avait reçu 67 millions de métaux précieux en 1869 et, en 1871, le chiffre n'est plus que de 32. A partir de cette époque, la masse importée est plus considérable que jamais; elle atteint plus de 191 millions en 1875. Quant à l'exportation, elle subit un mouvement inverse. Il est bon de remarquer que la douane de Paris a toujours reçu de l'étranger plus de métaux précieux qu'elle ne lui en a envoyés, excepté en 1871, où l'exportation a doublé l'importation. Les deux chiffres sont, du reste, exceptionnels; dans les six dernières années, Paris n'a jamais reçu aussi peu de métaux précieux et n'en a autant envoyé au dehors qu'en 1871 et 1872.
Avant de quitter les chiffres généraux fournis par la douane parisienne, quelques remarques sont encore à faire. Les plus gros chiffres de l'importation pour Paris sont toujours ceux portés sous la rubrique: Tissus, passementeries, rubans de laine. Ce chapitre arrive parfois jusqu'à 30 millions. Puis viennent trois objets d'alimentation: le café, le sucre étranger et le cacao. Puis les tissus, passementeries et rubans de coton, arrivant souvent à 10 millions. La nomenclature générale contient une multitude d'articles, matières premières ou demi-manufacturées, que Paris renvoie à l'état consommable à l'étranger, de qui il les tient. Quant à l'exportation, les tissus, passementeries et rubans de soie ou de laine en forment la masse principale. Il y a toujours de ce chef plus de 100 millions. Puis viennent, dans l'ordre suivant, des articles absolument parisiens: mercerie et boutons, peaux ouvrées et préparées, habillements, pièces de lingerie cousues, orfèvrerie et bijouterie, etc.
Enfin, il peut être intéressant de comparer le chiffre total du commerce extérieur de Paris et celui du commerce extérieur de la France. Voici les chiffres pour l'ensemble des douanes, et pour la douane spéciale de Paris. Les calculs sont toujours en millions.
Année. Paris. La France.
1869. 478 6,327
1870. 345 5,641
1871. 224 3,438
1872. 533 7,331
1873. 545 7,341
1874. 645 7,208
1875. 818 7,400
L'ÉCONOMISTE FRANÇAIS.
Coblentz. Bochumi
542 1.89 7.231 34.12
26.030 2.084
SAMEDI 2 DÉCEMBRE 1876,
SAMEDI 2 DÉCEMBRE 1876.
Provinces
Prusse.... Brandebourg. Pomeranie..
Royaume de Prusse.
Population présente.
1875. 1871.
3.200.484 3.137.155
3.132.483 2.863.438
1.462.310 1.401.633
Accroissement de la pop. de 1874 à 1873 Total.
Bonn... 28.114
8.01
0/0 habit.
Halberstadt.. 27.800 25.419 2.381
9.37
Stralsund. 27.796 26.731 1.065
3.98
62.939
269.325
2.01 9.41
Brandebourg-s.-H. 27.434 25.822 1.612
6.24
Spandau. 27.057 20.606 6.431
31.21
30.877
2.14
Bielefeld. 26.674 21.834 4.740
21.17
Posen. 1.608.956 1.583.843 25.143
1.59
Silésie 3.881.950 3.707.167 174.783
3.94
Flensbourg 26.525 22.897 3.628
15.84
2.103.245
68.613
3.26
Remscheid. 26.120 22.774 3.346
14.69
Schleswig-Holstein.. 1.026.004 995.873 30.131
3.03
Königshütte. 26.032 19.536 6.496
33.75
L'Etat prussien -- 24.643.813 (4) 23.080.241
1.563.572
6.77
Charlottenbourg 132.020 118.224
13.796
7.4
Hagen....... 60.532 56.953
3.579
6.36
63.558
1.456
4.38
Guben....
Northausen..
Neustadt-Magdebourg.. 24.144 20.412 3.732
18.28
23.738 21.412 2.326
10.86
25.900 19.518 6.382
32.70
24.218 20.070 4.148
20.07
2.400
Hanau.. 22.730 20.292 2.438
12.01
Hildesheim.. 22.666 20.801 1.865
8.07
19.90
2.80
15.60 7.19
848
On voit combien les destinées industrielles de la France sont étroitement liées à celles de Paris: la nation et la grande ville tombent et se relèvent en même temps.
On a dit que Paris possédait, comme toutes les grandes villes pourvues de douanes, un entrepôt. Il occupe le neuvième rang pour la quantité de tonnes entreposées, et le cinquième pour la valeur des marchandises qui transitent peu, à la différence de ce qui se passe dans les autres villes et sont consommées ou transformées sur place. L'entrée annuelle moyenne est de 35 millions, et la sortie de 25, soit 10 millions de marchandises existant dans les entrepôts. Les admissions temporaires pour Paris consistent surtout en fer, fonte, tôles et aciers, qui repartent à l'état de fonte moulée, articles de ferronneries, tels que clous, chaînes, ustensiles de ménage et en outils d'acier et objets de fantaisie de même matière. On admet encore temporairement une grande quantité d'étoffes de diverses natures.
En 1874, il est entré 383,000 kilogrammes de mérinos écru, estimés 4 millions 304,000 francs et qui sont ressortis imprimés et valant plus de 5 millions; 12,000 kilogrammes de châles écrus, valant 176,000 francs, sont repartis avec une estimation de 1 million 287,000 francs. Tel est, dans son ensemble, l'organisme douanier, établi à Paris et dépendant de l'administration centrale.
De prime abord, il semble que l'octroi municipal soit aussi pour la ville une sorte de ligne douanière permettant de se rendre compte de la totalité du mouvement commercial non constaté par l'Etat. Les villes libres du moyen âge, qui étaient des républiques autonomes, pouvaient chiffrer toutes les entrées et toutes les sorties. La ville des doges, Venise, avait sa douane, dogana. L'administration parisienne n'a eu en vue que l'application de taxes sur certains objets de façon à se procurer une certaine somme. Il a été expliqué ici que l'octroi n'a d'abord atteint que les objets d'alimentation. Lentement et sous l'empire d'impérieux besoins, on a frappé certaines matières industrielles. Il n'y a rien là de pareil aux états douaniers enregistrant toutes choses.
Peut-être des quantités de boissons entrées pourrait-on tirer des déductions sur la marche de l'industrie. Mais les états sont récents. En 1872, on a 899 millions de kilogrammes; en 1873, c'est 896 millions, et, en 1874, on n'a plus que 673 millions. Ces chiffres subissent, dans une mesure parfois considérable, des modifications dues à la température.
La ville de Paris possède aussi ses entrepôts. L'un d'eux est le célèbre entrepôt des vins, situé près du Jardin des Plantes. Il en existe d'autres pour toutes les matières d'octroi, moins les boissons, les bestiaux, les charbons, etc. Il existe en outre 13 entrepôts fictifs, qui permettent d'entrer en franchise certaines matières et de les réexporter hors la ville, ainsi qu'on fait en matière d'admission temporaire et de réexportation avec l'étranger. Une partie seulement des matières premières de l'industrie parisienne devant subir ces formalités, les chiffres généraux ne semblent point utiles à connaître.
Tel est le mouvement de cette douane de Paris, dont les résultats annuels sont seuls publiés par l'administration, tandis que les états mensuels n'en parlent point. Il est pourtant plus considérable qu'en certains royaumes tout entiers, car la est, au point de vue des affaires, le cœur même de la France.
ACHILLE MERCIER.
LA POPULATION DE L'EMPIRE D'ALLEMAGNE, PREMIERS RÉSULTATS PUBLIÉS DU DÉNOMBREMENT EFFECTUÉ
LE 31 DÉCEMBRE 1875.
Le bureau de statistique de Berlin vient de publier une partie des résultats du recensement général de la population fait le 31 décembre dernier.
Voici le résumé de cette opération pour le royaume de Prusse.
Hanovre.... Westphalie. Resse-Nassau. Prov. du Rhin... Hohenzollern.
De toutes les provinces de la Prusse, ce sont les deux provinces de la rive gauche du Rhin où l'augmentation de la population a été la plus forte. Ainsi la Westphalie, qui, en 1871, comptait 1,778,175 habitants, en compte, en 1875, 1,907,195, soit une augmentation de 132,020 ou 7 1/2%. La province du Rhin, qui, en 1871, comptait 3,579,347 habitants, en compte, en 1875, 3,807,120; augmentation, 227,773, ou 6 1/3%.
Les autres provinces sont loin d'arriver à des chiffres pareils, excepté la province de Brandebourg, dont l'augmentation a été de 1871 à 1875, de 269,325 habitants, soit 9 1/2%, chiffre dans lequel, il est vrai, Berlin et Charlottenbourg entrent pour 148,675.
C'est aussi dans les provinces du Rhin et de la Westphalie que se trouvent le plus grand nombre de villes où l'augmentation de la population a atteint des proportions considérables.
Ainsi, sur 36 villes de l'Etat prussien au-dessus de 20,000 habitants, 18 appartiennent à ces deux provinces, et, parmi ces 18 villes, presque toutes ont fourni un accroissement de population variant de 10 à 34%.
Ainsi l'on peut voir, par le tableau suivant, que la population de Düsseldorf s'est accrue en quatre ans de 11,385 habitants ou de 16.41%
Celle de Barmen......
Cologne
Kœnigsberg.
Danzig
Magdebourg.
Barmen
+
Kotbus.
Trèves..
721
22.650 18.881 3.769
22.042 21.442 600
21.444
Landsberg a. Warthe.
18.551 2.893
Mulhausen en Thüringe. 20.938 19.515 1.420
Stargard....
20.186 17.280 2.906
16.82
Pour la Prusse entière, l'augmentation a été de 1,417,230 ou de 4.34%.
Voici maintenant les résultats afférents aux autres États de l'Allemagne :
En Bavière, l'augmentation a été de 161,382 habitants (3,024,832 contre 2,863,450 en 1871);
En Saxe, de 203,098 (soit 2,760,342 contre 2,557,244 en 1871);
En Wurtemberg de 62,906 habitants (soit 1,881,505 contre 1,818,539 en 1874);
Dans le grand-duché de Bade, de 44,989 (soit 1,306,831 contre 1,261,362 en 1871);
En Hesse, de 29,455 (soit 882,350 contre 852,894 en 1871);
En Saxe-Weimar, de 6,750 (soit 292,933 contre 286,183 en 1874);
+
En Oldenbourg, de 4,723 (soit 319,314 contre 314,591 en 1871);
Brunswick, de 15,323 (soit 327,403 contre 312,170 en 1871);
Saxe-Meiningen de 6,537 (soit 194,494 contre 187,957 en 1871);
Saxe-Altenbourg, de 3,722 (soit 145,844 contre 142,122 en 1871);
Saxe-Cobourg-Gotha, de 8,334 (soit 182,676 contre 174,339 en 1871);
Anhalt, de 18,252 (soit 213,689 contre 203,437 en 1871);
Schwarzbourg-Rudolstadt, de 1,133 (76,676 contre 75,543 en 1874);
Schwarzbourg-Sonderhausen, de 289 (soit 62,480 contre 67,074 en 1870);
Reuss (ligne ainée), de 1,891 (soit 46,988 contre 45,094 en 1871);
Reuss (ligne cadette), de 3,343 (soit 92,375 contre 89,032 en 1871);
21.75 Schaumbourg-Lippe, de 882 (soit 32,941 contre 32,059 en 1871);
Lippe, de 3,119 (soit 114,234 contre 111,115 en 1871);
Lubeck, de 4,754 (soit 56,912 contre 52,158);
Brême, de 20,243 (soit 142,645 contre 122,402);
Hambourg, de 49,644 (soit 388,618 contre 338,974).
D'un autre côté, le chiffre de la population a diminué dans les quatre États suivants :
Mecklenbourg-Schwerin, de 1,334, soit 1.38%;
Waldeck, de 1,551 hab., soit 2,38%;
Luxembourg, de 738, soit 1.49%;
Alsace-Lorraine, de 20,330, soit 1.32%.
En résumé, l'empire d'Allemagne comptait, en 1875, 42,756,910 habitants; c'est, en 4 ans, une augmentation de 4.13%, ou de 1.03% par an.
Si, dans certaines villes, l'accroissement de la population a été beaucoup plus considérable, puisqu'il a atteint en 4 ans jusqu'à 22.28 et même 34%, cette augmentation ne peut être considérée comme normale: elle vient de ce que, en 1871, 1872 et 1873, l'industrie allemande a pris, dans ces localités, un développement hors de toutes proportions.
Aujourd'hui que, par suite de ce même développement exagéré, l'industrie allemande se trouve traverser une crise des plus sérieuses, il est à présumer que le courant qui amenait les ouvriers des campagnes vers les villes de fabriques va cesser et qu'un courant contraire va s'établir.
Néanmoins, on n'a pu encore constater jusqu'à présent...