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L'ÉCONOMISTE FRANÇAIS.

tent les noms de Lak, de Laï et de Balat, dont il eut quelque peine à se dégager. Ce fut alors qu'il eut à bord du Bourayne une entrevue avec le mandarin Ly, gouverneur des trois provinces maritimes du Tong-Kin, entrevue où il fut décidé qu'on demanderait à Hué la permission de le laisser circuler et qu'il ne passerait pas outre avant une quinzaine. Sur ces entrefaites, le Bourayne étant reparti, les autorités anamites avisèrent notre compatriote que la réponse de Hué se ferait attendre trois mois, et invitèrent à aller l'attendre à Hong-Kong, tandis qu'elles faisaient le vide autour de l'expédition et défendaient, sous peine de mort, de lui fournir des vivres.

Le délai de quinze jours expiré, M. Dupuis se mit en mesure de pénétrer au Tong-Kin, par la voie du fleuve Thaï-Binh, qu'il avait des raisons de croire en communication avec le Song-Koi. Il remonta toutefois le premier de ces cours d'eau jusqu'au point où il cesse d'être navigable, sans rien découvrir de semblable; mais, en le redescendant, il rencontra le canal du même nom qui se soude au Song-Koi et s'y engagea pour remonter ensuite le Song-Koi lui-même jusqu'à Ha-Noi. Son arrivée en cette ville, qui eut lieu le 22 décembre 1872, causa une grande et désagréable sensation parmi les autorités annamites: ils craignirent qu'elle ne ravivât chez les Tongkinois des espérances qu'ils n'ont cessé de nourrir. C'est en 1802 qu'ils sont devenus les sujets de l'Annam, après une guerre de quinze années, et ils ont montré, en diverses circonstances, qu'ils secoueraient volontiers ce joug. Un laps de soixante-quinze ans n'a point suffi, tant s'en faut, à fondre les deux peuples en un seul; la race conquérante s'est réservé le monopole de tous les emplois publics et de toutes les fonctions lucratives; elle exploite les Tongkinois et les rançonne à outrance; elle les tient dans une abjecte servitude, et s'ils ont dû souffrir tout cela jusqu'ici, c'est qu'ils n'ont pu l'empêcher. Mais une sourde colère les anime, et il ne faudrait qu'une occasion pour la faire éclater au grand jour.

Aussi les mandarins d'Ha-Noi s'efforcèrent-ils de multiplier les obstacles devant l'expédition: ils cherchèrent chicane à M. Dupuis sur la validité de ses pouvoirs, sous le prétexte qu'ils n'émanaient point du vice-roi de Canton, et tentèrent d'affamer ses équipages, tandis qu'ils séquestraient toutes les barques du pays. Mais la bienveillance latente des Tongkinois rendit cette double précaution inutile: ils lui apportaient nuitamment des vivres et lui indiquaient les endroits où les barques étaient cachées. Il put, de la sorte, s'en procurer un certain nombre et charger une partie de son matériel; puis, prenant avec lui quelques-uns des siens et laissant le gros de son expédition à Ha-Noi, sous les ordres d'un compatriote, M. Millot, il s'engageait dans le haut fleuve et arrivait à Yün-Nân-Sen le 16 mars 1873. La prise de Tali-fou venait de porter le dernier coup à l'insurrection musulmane, et le maréchal Ma, au moment de licencier son armée, lui offrit un corps de 10,000 hommes. C'était plus qu'il n'en fallait pour conquérir le Tong-Kin; mais c'était aussi le livrer à la Chine, et l'intérêt de la France dominait M. Dupuis. Il se contenta donc d'accepter 150 hommes et reprit avec eux et une huitaine de barques le chemin de Ha-Noï.

Pendant son absence, le vice-roi de Canton avait écrit à la cour de Hué pour l'accréditer près du maréchal Nguyen, gouverneur général du Tong-Kin et donner l'ordre de le laisser circuler librement sur le fleuve Rouge. Seulement, les Annamites n'étaient guère disposés à suivre cette conduite. Occupation du haut fleuve, pour intercepter ses communications avec le Yün-Nan, empoisonnement des eaux potables, tentatives d'incendie, attaques à main armée, l'expédition eut tout à souffrir. Ce fut une lutte incessante, qui tourna toujours à l'avantage de M. Dupuis et se termina par le cantonnement des Annamites dans la citadelle, avec défense de paraître dans la ville commerciale sous peine d'emprisonnement. Désormais tout paraissait fini. M. Dupuis avait découvert un emplacement des plus favorables à l'établissement d'un port; un poste de 150 hommes y avait été installé, et les indigènes commençaient à se grouper autour de leur campement. Les Annamites, résignés, parlaient de négocier; le gouverneur de la Cochinchine française se décidait à intervenir, et on annonçait l'arrivée d'un corps expéditionnaire sous les ordres du lieutenant de vaisseau Francis Garnier.

Jamais, a dit plus tard M. Dupuis, jamais je n'éprouvai de joie plus grande»; mais cette joie devait être de courte durée et se convertir en une série de déboires. Après la prise d'assaut de la citadelle d'Ha-Noï et la mort de Garnier, enseveli, pour ainsi dire, dans son triomphe, des négociations s'étaient engagées avec la cour de Hué

SAMEDI 2 DÉCEMBRE 1876.

SAMEDI 2 DÉCEMBRE 1876.

pour qu'elle reconnût en droit la suzeraineté que nous exercions de fait sur les six provinces détachées de l'Annam, qui forment notre colonie cochinchinoise. Dès leur début, et en vertu d'une convention spéciale avec le gouvernement annamite, M. Dupuis se vit expulsé du Tong-Kin, et son escorte fut ramenée à Hai-Phong, où l'amiral Dupré, alors gouverneur de notre possession, avait dû s'engager à la garder prisonnière jusqu'à la ratification par les deux parties contractantes du traité intervenu le 13 mars 1874. Par ce traité, la France relevait l'Annam de l'indemnité de guerre de 5,500,000 francs qu'il lui restait à devoir et lui faisait don, en même temps, de navires de guerre, de 100 canons, de 1,000 fusils à tabatière, de 300,000 cartouches. En échange, le Tong-Kin et son fleuve étaient déclarés ouverts au commerce européen.

M. Dupuis prétend que l'Annam n'a ainsi donné qu'une signature, et que ce pays reste fermé plus que jamais; il se plaint aussi, avec une grande vivacité, des procédés tour à tour captieux et spoliateurs dont il aurait été la victime et dont il fait peser la charge sur l'administration de la marine. On conçoit que, sur ce terrain, nous ne puissions le suivre. Aussi bien, en s'adressant, par voie de pétition, à la Chambre des députés, a-t-il saisi ses juges naturels. C'est à ceux-ci de faire la lumière, de déclarer si les faits qu'il articule sont véridiques, si les griefs qu'il invoque sont fondés. Il devait nous suffire, à cette place, de narrer ses efforts et de rendre justice au sentiment patriotique qui les a inspirés, comme à l'indomptable énergie qu'ils révèlent.

AD.-F. DE FONTPERTUIS.

CORRESPONDANCE.

LE PRIX DES DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES INTERNATIONALES.

Monsieur le rédacteur en chef,

On lit dans le numéro de votre journal du 18 novembre et dans l'exposé des motifs de la loi sur le nouveau tarif télégraphique, la phrase suivante:

«Ce résultat (un excédant de recettes supérieur à 2 millions), dont on doit se féliciter... n'est dû qu'aux produits du service international, qui seul solde en bénéfices...

Après cet aveu, on ne dit plus un mot sur ce service international, cause d'un excédant qui n'est pas à dédaigner, et l'exposé de M. le ministre des finances conclut à des réductions de tarif pour le service intérieur. Nous approuvons certes cette pensée, mais est-il rationnel de ne rien faire pour le service international? N'est-ce pas peut-être empêcher le développement d'une recette qui n'aura jamais dit son dernier mot? En effet, de quel développement notre commerce à l'étranger n'est-il pas susceptible, avec les produits de notre sol et ceux non moins remarquables de notre industrie? Notre prétention ne doit pas être de subvenir aux besoins de 35 millions de Français, mais bien aux 3 ou 400 millions d'individus qui consomment nos produits. La force et la richesse d'un pays proviennent de l'importance de son exportation.

Le tarif télégraphique empêche non-seulement le développement commercial, mais il est tout simplement inique. Une dépêche de France en Suisse coûte fr. 3.

Dépense. En France, fr. 1.40 bientôt fr. 1. En Suisse, fr. 0.50

Coût réel de la dépêche, fr. 1.90 Surtaxe au préjudice des relations avec l'étranger.. 1.30

Tarif international..... fr. 3 » toujours fr. 3

Pour la Belgique, même calcul.

Une dépêche de France en Hollande coûte fr. 4 Dépense. -En France, fr. 1.40 bientôt fr. 1 » En Belgique, fr. 0.50 » En Hollande, fr. 0.60 »

2.10 4.90

Coût réel de la dépêche, fr. 2.50 Surtaxe au préjudice des relations avec l'étranger.. fr. 1.50

Tarif international..... fr. 4 » toujours fr. 4 Comment justifier une pareille énormité?

On comprend à la rigueur qu'on n'admette pas encore pour la télégraphie les principes de l'union postale avec un tarif unique, n'importe le nombre de pays traversés; mais exiger une surtaxe sur le coût réel, en cumulant les taxes d'une dépêche simple dans chaque contrée dont on emprunte le fil, paraît être une chose peu juste et une hérésie économique.

Veuillez agréer,

P. M.

L.ÉCONOMISTE FRANÇAIS.

LE PRODUIT DES OCTROIS ET LA CONTRIBUTION FONCIÈRE DANS LES VINGT PRINCIPALES VILLES DE FRANCE EN 1879.

OCTROI

VILLES

Produits

Frais de perception

Toulouse...

Saint-Etienne,.

CONTRIBUTION FONCIÈRE DE 1875-

francs.

francs.

7,391,890 80

316,606 66

703,326 451

Paris...

Lyon....

francs.

118,243,254

9,492,987

francs.

5,930,933

747,287

francs.

5.02

7.86

Marseille

6,939,596

1,005,881

14.48

Bordeaux.

4,191,773

691,512

16.49

Lille (hauliere comprise).

3,642,463

272,944

Rouen

3,347,169

484,346

7.40

14.46

francs.

13,199,805

1,496,441

1,405,905

1,083,977

505,943

francs.

7,708,497 46

38,855 71

742,182 16

730,864

2,707,575

353,657

2,655,404

268,513

13.06

10.07

2,452,838

219,465

8.94

422,315

317,050

565,685

420,124 431

359,362 33

136,607 251

292,248 65

140,168 29

88,774 v

190,131 64

2,233,996

278,068

12.44

377,976

1,960,068

83,263

6.60

194,074

Nice..

1,326,698

124,532

9.39

172,366

130,861 11

72,204 60

37,058 68

Nancy..

1,222,486

107,737

8.81

151,016

35,875 92

28,255 26

11,080 28

5,632 80

14,769 64

5,740 71

3,805 87

0,263 51

6,028 37

2,909 83

1,535 82

2,351 80

443·379 69

374,342 61

142,240 05

307,017 60

145,997

92,379 87

199,307 15

148,379 48

76,114 48

38,595 50

58,127 72

Toulon..

1,194,279

145,817

12.21

142,905 уз

48,344 761

Versailles...

1,158,451

164,222

14.17

198,886

Limoges...

1,127,297

134,106

11 89

Rennes.

1,085,975

82,645

7.61

175,735

Reims...

1,051,262

117,007

11.12

180,482

Nîmes...

1,035,282

104,619

10.10

Grenoble

1,005,361

85,816

8.53

223,442

169,701 1

54,704 71

63,288 36)

57,992 60

68,263 51

115,041 37

55,865 24

2,418 89

2,204 60

50,763 15

56,909 31

2,591 30

65,879 66

2,356 89

2,783 55

4,835 73

2,267*14

60,349 40

71,347 06

119,877 10

38,132 38

Le Havre...

Nantes.

Roubaix.

L'IMPOT SUR LES LIQUEURS

ET LES DÉCHETS DE FABRICATION.

Plusieurs distillateurs et liquoristes de Bordeaux viennent d'adresser à M. le président de la Commission du budget la pétition suivante, que nous nous empressons de publier. La réclamation des signataires nous paraît légitime, et nous désirons que la Commission du budget et la Chambre en veuillent bien tenir compte. Les distillateurs et liquoristes bordelais trouvent juste et avantageux pour le consommateur la disposition de la loi du 2 avril 1872, qui, modifiant les lois antérieures de 1824 et 1841, taxe les liqueurs et les fruits à l'eau-de-vie selon leur richesse alcoolique. Ils se plaignent seulement de ce que cette loi refuse au fabricant tout déchet de fabrication, et l'assimile au simple entrepositaire.

La Commission du budget, disent-ils, se trouvant réunie en ce moment pour s'occuper de la grave question des impôts, les soussignés, distillateurs et liquoristes de Bordeaux, viennent s'adresser à vous, monsieur le président, pour vous prier d'appuyer leurs justes réclamations au sujet de la loi votée, le 2 avril 1872, par l'Assemblée nationale, et dont ils demandent la modification. Cette loi, inspirée par quelques distillateurs des environs de Paris, a complètement bouleversé la législation qui, depuis 1824, régissait les alcools employés chez les fabricants de liqueurs et fruits à l'eau-de-vie; et pourtant cette législation avait, pendant près de cinquante années, profité dans une large mesure à l'Etat, sans entraver le développement de votre industrie, et, devons-nous le dire? sans offrir à la fraude les mêmes avantages que la loi actuelle, quoique les moyens de répression soient aujourd'hui plus sévères et la pénalité plus élevée.

Nous reconnaissons qu'en présence des lourdes charges budgétaires qui pèsent sur notre pays, la loi du 24 juin 1824, modifiée par la loi du 25 juin 1841 et l'ordonnance royale du 25 août de la même année, devait être encore revisée; mais il n'était pas équitable de la supprimer entièrement, surtout sans un examen approfondi et sans enquête préalable auprès des parties intéressées. La loi de 1844 imposait, il est vrai, les liqueurs et les fruits à l'eau-de-vie comme alcool pur, mais le fabricant avait une allocation de déchets qui ne lui laissait aucune charge fiscale. Actuellement, la liqueur et les fruits à l'eau-de-vie sont taxés d'après leur richesse alcoolique, ce qui est plus juste et plus avantageux pour le consommateur, mais ce dont il est seul à bénéficier; en revanche, on refuse au fabricant tout déchet de fabrication, et on l'assimile au simple entrepositaire; anomalie flagrante, sur laquelle nous insisterons tout particulièrement. L'entrepositaire, en effet, se borne à recevoir en dépôt, à entreposer, suivant le terme adopté, des eaux-de-vie et des alcools, qui sortent de chez lui tels, ou à peu près, qu'ils y sont entrés. Le distillateur-liquoriste, au contraire, manipule l'alcool, le modifie, le mélange, le transforme; de là une série d'opérations qui ont pour résultat des déchets importants, que les entrepositaires n'ont évidemment à supporter en aucune façon. Or il est alloué aux fabricants-liquoristes une déduction de 7 0/0 par an, la même déduction qu'aux entrepositaires, pas davantage.

Voilà plus de quatre ans que nous subissons cette loi, et, chaque jour, nous avons à en déplorer les fâcheux résultats. Si donc il est vrai qu'un motif d'équité soit le principe de la nouvelle loi, il faut reconnaître aussi que le but des promoteurs de la nouvelle loi a été dépassé, et qu'en la rédigeant ils n'avaient qu'une connaissance bien imparfaite de l'industrie dont ils réglementaient l'existence fiscale. C'est pourquoi, lorsque nous avons acquis la conviction que la Commission du budget voulait entrer résolument dans la voie des réformes en matière d'impôts, nous avons décidé de nous adresser à vous, monsieur le président, sous les auspices et avec l'appui, de la chambre de commerce de Bordeaux. Toutefois, la demande que nous recommandons à votre bienveillante attention et à celle de vos honorables collègues n'est pas une demande de réduction de droits. Non! nous connaissons trop les exigences du budget pour parler de réduction. Ce que nous réclamons avec instance, c'est que, la loi faisant une distinction nécessaire entre les entrepositaires d'eaux-de-vie et les fabricants de liqueurs, accorde à ces derniers des déchets de fabrication.

Est-il juste, en effet, de percevoir les droits sur une marchandise qui n'existe pas, et qui, par conséquent, n'est ni vendue, ni livrée à la consommation? est-il juste de nous mettre par cela même dans un état réel d'infériorité vis-à-vis de l'active concurrence que nous fait l'étranger, et de rendre l'exportation de nos produits autant plus difficile que les droits qui les frappent sont plus onéreux? Pour les fabricants de Bordeaux en particulier, la situation qui leur est imposée par la loi de 1872 est extrêmement fâcheuse, car leurs principales affaires sont des affaires d'exportation, et, ils peuvent le dire avec confiance, les liqueurs de Bordeaux jouissent sur tous les points du globe d'une légitime renommée. Nous ne pouvons croire qu'il soit entré dans les desseins du gouvernement et des Assemblées législatives de porter une atteinte aussi grave à cette branche si importante du commerce d'exportation, alors surtout que, dans les sphères officielles, on se préoccupe du ralentissement de ce commerce, une des sources les plus grandes de la richesse nationale. Nous espérons donc qu'il suffira d'appeler sur ce fait l'attention de MM. les membres de la Commission, du budget pour qu'il soit promptement remédié à un pareil état de choses.

Nous venons, monsieur le président, de vous expliquer le moins longuement possible les inconvénients de la loi

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