Août 1874
JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 9927291
Annexe n° 2664. (Stauce du 1 août 1874.) PORT fait au nom de la commission (1) harrée d'examiner le projet de loi portant probation d'un traité conclu à Saigon, le mars 1874, entre la France et le royaume Aunam, par M. l'amiral Jaurès, membre de Assemblée nationale.
Messieurs, il y a près d'un siècle qu'un pro- traité d'alliance entre la France et le aume d'Annam fut signé à Versailles, par le mie de Montmorin, au nom du roi Louis XVI, par l'illustre éyèque d'Adran au nom de l'hé| er légitime du royaume d'Annam. Pár ce , qui porte la date du 28 novembre 1787, fa ce s'engageait à fournir au souverain anna- e, pour l'aider à triompher des rebelles qui ment dépossédé de ses Etats, un corps de apes avec un matériel de guerre.
son côté, le roi de Coefiinchine cédait à la ance, en toute propriété comme en souverai- , presqu'ile de Touranne et l'ile de Poulo- adere; nous étions autorisés à créer dans le de Touranne, qui devait appartenir concur- ment aux deux puissances, les établisse ats jugés nécessaires, tant à notre navigation à notre commerce qu'à la réparation et à la struction de nos bâtiments; nous devious, de jouir d'une liberté absolue d'échange et de tulation dans tout le pays, à l'exclusion des res peuples; les intérêts de notre religion tent enfin sauvegardés.
traité ne recut qu'une exécution partielle, enous ac fourdimes pas de corps de troupes, ous ne primes pas possession de la presqu'ile feuranne; mais, cependant, grâce au concours melques officiers français, MM. Chaigneau, nier, Ollivier et Dayot, dont les noms sont s populaires dans le pays, l'évêque d'Adran organiser quelques troupes solides avec les les le roi de Cochinchine parvint à vaincre rebelles et à restaurer sa dynastie.
s lors, l'influence de la France fut prépan- te en Cochinchine, et le christianisme y t plus rapides progrès.
alheureusement, à la mort du roi Gia-long, 1820, lindinence hostile aux étrangers préva
nos officiers furent obligés d'abandonner, 823, un pays où ils avaient exécuté les plus arquables travaux d'art militaire, et les per- Where contre les chrétions, suspendues sous long, sepmmentèrent pour se prolonger jus-
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tombèrent en notre pouvoir, Enfin, en mars 1862, l'amiral Bonnard ajoutait à nos possessions la province de Bion-Hoa.
Le 5 juin 1862, la cour de Hué acceptait un traité en vertu duquel les trois provinces occu pées étaient abandonnées à la France, ainsi qu'une indemnité de guerre de 4 millions de plastres (1) Une partie de cette indemnité fut payée à l'Espagne, les troupes espagnoles qui avaient opéré avec nous évacuérent la Basse- Cochinchine, et la France se trouva en possession d'une nouvelle et grande colonie.
Cependant trois provinces de la Basse-Cochin- chiné restaient encore sous la domination du roi Tu-Duc; séparées du royaume d'Annam par nos provinces, elles ne tardèrent pas à devenir le refuge des malfaiteurs et un centre d'agitation d'où des tentatives insurrectionnelles furent in- cessamment dirigées contre nous.
Après différentes expéditions, sur Go-Cong en 1853, sur Long-Raï en 1864, sur les villes de Gia. Phu et de Gia-Ding en 1865 et en 1866, l'amiral de la Grandière, qui avait plusieurs fois informé la cour de Hué que si elle ne pouvait pas faire la police des provinces de l'Ouest, il se chargerait lui-même d'y rétablir l'ordre, dut se résoudre à occuper définitivement en 1867 les trois provin ces de Ving-Long, de Chaudoc et d'Hatien, qui vinrent s'ajouter à nos possessions.
Dans ce nouvel état de choses, une modifica- tion au traité de 1862 devenait nécessaire pour régulariser notre situation; des négociations fu- rent entamées et poursuivies avec la cour de Hué en 1868 et en 1869; mais la guerro de 1870 éclata et tout resto en suspens.
Aussitôt après la guerre, les négociations fu- rent reprises et le gouvernement annamite an- nonça qu'il était disposé à envoyer des ambassa- deurs en France: ces ambassadeurs arrivèrent effectivement à Saïgon.
L'amiral Dupré, gouverneur général de la Co- chinchine, s'efforça alors d'obtenir que les clau- ses du traité à intervenir fussent débattues et arrêtées à Saigon, afin d'éviter une perte de temps considérable.
Il ne laissait pas ignorer, en même temps, aux envoyés du roi Tu-Duc, que la souverain de l'Annam davait renoncer à toute idés de nous voir abandonner les provinces de l'ouest de la Basse-Cochinchine, dont la possession était indis- pensable à la tranquillité et à la sécurité de notre colonic; mais il ajoutait que nous étions dispo- sés, par une juste compensation, à faire le sacri- fice des sommes considérables qui nous étaient ericore dues en exécution du traité de 1862.
Une circonstance fcheuse, et qui aurait pu avoir les effets les plus déplorables, vint, sur ces entrefaites, rendre le séjour des ambassadeurs à Saigon obligatoire.
inement, à diverses époques, avions-nous Myé de renouer des relations avec la Cochin- s et de protéger nos missionnaires; les ten- tes faites par Bougainville en 1825, par le
aine Laplace en 1831, par le capitaine de Un négociant français avait conclu avec le eau Lapierre en 1847, aussi bien que la mis- gouverneur de la province du Yunnan, un mar- de M. de Montigny en 1852, avaient complé-ché par lequel il s'engageait à lui livrer des ant échoué, st chaque fois, pour ainsi dire, armes et des munitions, en échange desquelles a de nos navires arrivait dans la baie de il devait recevoir des minerais de cuivre et d'é- anne, l'apparition de notre pavillon semblait tain. Co négociant, après avoir vainement solli- teje signal d'un nouveau massacre de chré- cité du gouvernement annamite l'autorisation de C'est ainsi qu'à la suite du meurtre de remonter le fleuve Shongkoi, se décida à agir de Diaz, mis à mort par ordre du roi, à Nam- vive force, et avec quelquos bateaux et une , en 1857, sur la simple nouvelle qu'un na- troupe assez peu nombreusé, à sa solde, il força ire français croisait en vue des côtes de la Co- le passage et parvint, en ellet, au Yunnan. biahine, la France fut conduite à envoyer eu Nous n'entrerons pas ici dans le détail de , dans ces parages, une escadre commandée toutes les complications qui survinrent: Itéclama- amiral Rigault de Genouilly, qui s'empara tion du gouvernement anamite au gouverneur s Tauranue.
général de la Cochinchine française et demande Per de temps après, par une heureuse inspira- de notre aide contre les agissements du négociant amiral Rigault de Genouilly allait recon- français; envoi au Tonjo de quelques hom- tre s'il ne se trouverait pas dans le Sud un mes et d'un officier dout le nom honore la ma- u d'établissement préférable à Touranne, et rine et dont la mort est à jamais regrettable, le montant avec la plus grande hardiesse la ri-
lieutenant de vaisseau Garnier; préparatifs ere Don-nal, s'emparait de la ville de Saigon, d'attaque contre notre envoyé par un chef mili- able capitale de la Basse-Cochinchine, taire portaut le titre de grand maréchal et ap- 4guerre de Chine étant survenue sur ces en- pelé Nguyen-tri-plong initiative prise par le ites, nous abandonnâmes Touranne et nous fieutenant de vaisseau farnier, qui enlève avec gardámes à Saigon qu'un faible détachement
150 hommes la citadelle d'Hannoi défendue par e troupes, sous le commandement du capitaine cinq mille hommes et feit prisonnier le grand vaisseau Daries; mais aussitôt le traité de Pê- maréchal blessé; émoi de la cour de Hus, qui signé, l'amiral Charner, qui commandait la demande des explication à Paniral Dupré, le- otto française, reçut l'ordre de se rendre en quel répond que nous n'avons fait que déjoner ochinchine pour y assurer notre établissement, des préparatifs d'attaque pontre nous qui venions bientôt les provinces de Saigon et de Mitho au Tonkin en conciliateus et sur la demanda même du gouvernement aunamite; mort de M. Garnier dans une sertie; envoi du lieute-
Cette commission est composée de MM. l'a Tral de La Roncière Le Noury, président; Cour
-Poulard, secrétaire; de Belcastel, le comte Rességuier, Laboulaye, le comte de Kergor- général Martin des Pallières, Warnier Marne), Callet, l'amiral Jaurès, le comte Des- syns de Richemont, Tirard, Bonnet, Four- and, le comte de Chaudordy.
(1) L'indemnité ennamite a été fixée à 4 mil- lions de piastres, payable ou dix années, à dater du 5 juin 1862: sur cet indemnité, il n'a été payé que 1,800,000 plasties; il reste du aujour- d'ici 2,200,000 plastres, dont la moitié à l'Espa- gne. Tout payemeat a cessé depuis 1867.
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tenant de vaisseau Philastre pour mettre fin à une situation fâcheuse de tous points.
Tout cela demanderait des développements que ne saurait comporter ce rapport; mais si nous avons rapidement indiqué cos faits, c'est à cause de leur influence sur la conclusion du traité.
En premier lieu, la volonté fermement expri- mée par notre Gouvernement de rester en rap- ports d'amitié avec le gouvernement annamite et le soin constant pris par l'amiral Dupré de prou- ver aux ambassadeurs du roi la droiture de nos intentions et la loyanté de nos actes, firent, à n'en pas douter, la plus profonde impression sur l'esprit des ambassadeurs et aussi sans doute sur l'esprit du souverain. En outre, par suite do ces événements, le séjour des envoyés annamitos à Saigon s'étant prolongé, il devait arriver in- failliblement que ces mandarins, l'un et l'autre d'un mérite supérieur, seraient frappés des avao- tages que notre civilisation peut donner à un pays.
Comment, disait un jour à l'amiral Dupré le premier ambassadeur qui venait de visiter les environs de Saigon, comment vois-je tant d'ha bitations où respire l'aisance, tant de petites maisons couvertes on tuiles, là où l'on ne voyait autrefois que des casos couvertes en chaume?
«Deux mots suffiront pour vous l'expliquer, répondit l'amiral: Nous maintenons l'ordre et la justice, et de la protection du travall natt la prospérité. »
Les ambassadeurs ne pouvaient manquer d'at- tirer l'attention du roi sur les progrès de notre colonisation et sur les bienfaits qu'elle entraine pour les habitants de la Basse-Cochinchine; d'autre part, l'état de trouble et de désordre dú Tonkin, l'impuissance du gouvernement annamite à réprimer les déprédations des bandes de re- belles chinois, l'affaiblissement chaque jour plus grand de l'autorité souveraine, tout ne devait-il pas rappeler au roi Tu-Duc que son bisateul Gia- Long avait dû à une alliance avec la France de voir son autorité rétablie et la tranquillité renaî- tre dans ses Etats ?
Quoi qu'il en soit, après des négociations acti- veient et heureusement poursuivies, un traité a été conclu le 15 mars dernier, et il nous est permis d'espérer aujourd'hui qu'à une ère de ironble et de défiance va succéder une ère d'a- paisement, de confiance et d'estime réciproque. La portion de territoire qui nous a été concédée est suffisante. La France n'en désire pas d'autre et la mature semble, du reste, avoir tracé elle- même les limites de nos frontières. Ce n'est donc pas un voisin ambitieux que le royaume d'Annam aura désormais près de lui, mais un allié qui sera fidèle à ses engagements et qui, là comme partout, aura à cœur de conserver son renoni de noblesse et de générosité.
Il nous reste, après ce rapide historique, à faire ressortir les avantages qu'assure à la France
traité en question.
La souveraineté pleine et entière de la France sur les six provincos de la Basse-Cochinchine est reconnue par le royaume d'Annam, et cette re- connaissance doit infailliblement donner un non- vel élan à notre colonisation, car l'incertitude qui existait à ce sujet favorisait singulièrement los excitations au désordre et à l'insurrection que quelques agitateurs prêchaient dans les campagnes.
Les populations des trois provinces de l'Ouest, qui pouvaient jusqu'ici se demander si ces con- trees resteraient à la France et si elles ne se- raient pas persécutées un jour pour s'être atta- chées à pous, pourront maintenant, rassurées sur l'avenir, se rapprocher de ceux qui leur ap- portout les bienfaits si éclatants de la civilisa- tion.
Dupre dans un de ses rapports: «
Sans doute, ainsi que le dit si bien l'amiral ... Il fau- d'une population fine of intelligente, capa dra du temps pour faire la conquête morale ble d'enthousiasme, mobile d'humeur, qui nous observe avec étonnement sans bien compren- dre encore où nous voulons la mener; il fau-
dra beaucoup de prudence, de modération et de patience pour ne pas l'effaroucher et pour dissiper sa déulance; il ne faudra toucher qu'avec réserve à sa législation, à ses maurs, à fout co qui fait le fond de sa civilisation très-réelle, quoique bien différente de la nôtre; il faudra une inébranlabla fermeté dans la répression des désordres: il faudra ne pas appesantir le joug et éviter de demander au pays plus qu'il n'était habitué de donner à ses anciens maîtres. Avec ces précautions, une administration juste et bienveillante arrivera à faire accepter notre sou- veraineté à la population indigènê, qui apprécią