of the legal Potsession.
SIRE,
Ju 4786/87
163
A SA MAJESTÉ IMPERIALE NICOLAS IF,
EMPEREUR DE TOUTES LES RUSSIES.
Je suis assez malheureux d'avoir perdu ma patrie, pour ne pas croire qu'elle soit tombée entre les mains d'un souverain qui viole les lois les plus sacrées de l'humanité. Voilà six ans que je ne cesse de réclamer, non pas mes terres, mais
mes diamants, qui m'ont été saisis en 1846, à St. Pétersbourg, On m'a offert
100,000 fr., on m'a même donné de misérables à comptes, comme le font des gens
insolvables. Lorsque j'estime mes joyaux à plus d'un million, vos agents m'ont fait proposer une pension de 500 fr. par mois, si je voulais renoncer à tous mes droits. Je suis trop bon gentilhomme pour marchander, et, sans débattre la valeur de mes
diamants, j'en demande la pure et simple restitution, en désirant seulement que vos
agents ne substituent pas en route de fausses pierreries.
Sire, il ne me reste pour défense que l'opinion publique; pensez au discrédit
qu'elle rejetera sur votre règne en faisant savoir que vous sanctionnez un acte
que toutes les lois punissent sévèrement et que la morale de tous les peuples
réprouve. Vos agents m'ont dit que vous pouviez faire tout sans qu'on trouve
mauvais quoique ce fût. Ce n'est point là, Sire, ce que pense l'histoire, qui heureuse-
ment a peu de faits à reprocher aux princes, dans le genre de celui dont j'ai été vietime. Je sais qu'en politique on s'alloue des Etats, mais on ne s'approprie pas
les diamants d'une famille qu'on détrône et qui formeraient pour
elle l'unique moyen d'existence, dans l'exil dont vous avez bien voulu me frapper.
C'est avec l'estime qui est due à Votre Majesté que j'ai l'honneur d'être,
Londres, 19 Oct. 1852.
(Signé)
LÉON,
PRINCE SOUVERAIN D'ARMENIE.